Marie Dosé : "Plus personne ne perçoit un acquittement comme la preuve d’une innocence"
Marianne : « La force de l’État de droit s’apprécie en regard du traitement qu’il réserve à ceux que l’on accuse d’enfreindre la loi », écrivez-vous. Vous ajoutez que vous n’auriez jamais imaginé « une telle violence ». C’est à ce point ?
Marie Dosé : Oui, c’est à ce point. C’est précisément pour cela que j’ai ressenti le besoin, non plus de l’analyser ou de la disséquer – comme j’ai pu tenter de le faire dans mes précédents ouvrages, qui relevaient de l’essai – mais de raconter cette violence. La raconter à travers les visages de ceux que je défends. J’ai vingt-cinq ans de barreau, je le mesure concrètement à l’état de nos prisons, à la surpopulation carcérale, à la durée d’enfermement des étrangers en centres de rétention administrative ou au durcissement constant des lois pénales. Cette violence n’est pas abstraite, elle a un visage, et il me fallait lui donner corps et chair.
« La violence judiciaire suinte à chaque étape de la procédure, écrivez-vous, de l’interpellation au procès. On ne pense jamais assez à tous ces enfants traumatisés par l’irruption, à six heures du matin, de policiers armés jusqu’aux dents venus sortir leurs parents de leur lit. Car la violence légitime ne se contente pas de frapper à leur porte, elle la défonce dans leur sommeil. »
