Municipales : à Paris, le mal est fait
Bien sûr, il reste à Paris quantité de choses à corriger. Mettre un peu plus de personnel dans les crèches et un peu moins dans les bureaux de l’Hôtel de Ville. Planter un arbre ici, refaire une chaussée là. Et il ne serait pas inutile, non plus, que la dette municipale, entre 10 et 12 milliards d’euros (une explosion de 200 % en vingt ans), commence enfin à se résorber.
Car au rythme où la capitale se dépeuple, avec 137 000 habitants perdus en onze ans, il ne restera bientôt, pour en supporter la charge, que quelques catégories supérieures à l’ouest et des populations très pauvres à l’est. Mais le vrai problème est plus ancien, plus profond. À Paris, le mal est fait depuis longtemps.
Sous l’effet de la gentrification, qui est d’abord une mutation culturelle avant d’être un phénomène économique, la capitale a perdu ce qui faisait sa singularité. Certains diront son âme. Les Parisiens issus des classes moyennes, pris en étau entre l’explosion du coût de la vie, l’envolée des prix de l’immobilier et des normes culturelles de plus en plus exigeantes, ont été les grands perdants de cette transformation. « À Paris, il n’y a plus que des très aisés ou des très aidés », disent ceux qui voient leur monde disparaître.
Gouverner, c’est prévoir. La gauche municipale, depuis des années, n’a pas seulement accompagné ce mouvement, elle l’a souvent encouragé, voire accéléré. Ce qu’on a appelé la boboïsation n’est rien d’autre qu’un embourgeoisement de certains quartiers sous l’effet conjugué de la spéculation immobilière et de choix politiques assumés.
Puis, peu à peu s’est imposé ce qui ressemblait au rêve terranovien : une coalition électorale faite de gentrificateurs mondialisés d’un côté,........
