Benjamin Morel : « Si le blocage persiste, la tentation de changer de Constitution sera forte »
Quand un essayiste publie un nouvel ouvrage, nous avons l’habitude, nous autres journalistes, de dire qu’il « revient ». La formule vaut pour les acteurs comme pour les chanteurs : on salue le retour sur grand écran de Jean Dujardin dans Les Rayons et les Ombres et on guette celui de Céline Dion sur scène à l’automne prochain.
De Benjamin Morel, il est pourtant difficile de dire qu’il « revient », tant il ne s’est jamais vraiment absenté. Depuis la dissolution de juin 2024, le constitutionnaliste est partout : plateaux de télévision, studios de radio, colonnes des journaux… Mais puisqu’il retrouve le chemin des librairies, moins d’un an après son précédent opus, actons tout de même qu’il fait bel et bien son retour avec Crise politique, crise de régime (éditions Odile Jacob).
Qu’a-t-il à nous dire ? Que la tripolarisation de la vie politique ébranle les fondements de la Ve République et que l’impasse actuelle fait peser une menace réelle : celle de voir le pays basculer dans l’illibéralisme. Cet essai limpide, qui privilégie l’esquisse au pavé dans la mare, s’avère précieux pour décrypter le présent et ce qui s’augure pour les mois à venir.
Le Point : Votre livre met en évidence les effets de la tripolarisation politique sur la Vᵉ République. Pourquoi déstabilise-t-elle notre régime ?
Benjamin Morel : Notons d’abord que rien ne va dans le sens d’un caractère conjoncturel de ces trois blocs. C’est d’ailleurs une situation qui n’a rien de spécifiquement franco-français. On l’observe également en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Par ailleurs, ces blocs sont très étanches. Il n’existe plus d’électorat pivot basculant d’un côté ou de l’autre pour faire l’appoint et dégager une majorité. Les électeurs peuvent évoluer au sein d’un bloc, mais ils en sortent très peu.
C’est particulièrement problématique avec notre mode de scrutin majoritaire à deux tours, qui nous distingue de nombreux pays européens. Ce dernier ne produit des majorités que dans un système bipolarisé. On peut donc penser que la situation actuelle durera même après 2027. En l’absence de cette bipolarisation, il ne génère aucune majorité claire et rend les alliances extrêmement coûteuses.
Comment l’expliquez-vous concrètement ?
Prenons l’exemple d’un député socialiste : comment a-t-il été élu ? Grâce à une union des gauches. Il sait deux choses : d’abord, que........
