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Père Michel : « Saint Augustin a fondé la culture occidentale »

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14.04.2026

Religieux depuis 30 ans, prêtre depuis 21 ans, le père Michel est prieur d’un monastère de chanoines réguliers qui vit sous la règle de saint Augustin, sous l’obédience de l’abbaye de Lagrasse. Grand spécialiste de saint Augustin – auquel il a consacré un doctorat de philosophie à La Sorbonne-Paris-IV – il publie ces jours-ci Augustin avec nous (Fayard), fruit d’une conversation sur l’évêque d’Hippone avec le père Emmanuel-Marie, abbé de Lagrasse, et l’écrivain et éditeur Nicolas Diat. Il répond aux questions du Point alors que le pape Léon XIV, en pleine tournée africaine, se rend ce mardi 14 avril à Hippone (Annaba), en Algérie, où est mort en 430 le théologien et philosophe.

Le Point : On connaît le philosophe, l’auteur des Confessions, de La Cité de Dieu, mais on ne sait pas à quel point Saint-Augustin est en fait un « homme kaléidoscope », un « homme mosaïque ». Comment le définissez-vous ?

Père Michel : Oui, on réduit souvent saint Augustin à un auteur, c’est-à-dire à ses livres dans une bibliothèque, qui font d’ailleurs un peu peur. On pense qu’il est inaccessible alors qu’il a, au contraire, tout vécu dans sa vie : il a connu les errances, une recherche tourmentée de Dieu, une conversion fulgurante, des combats presque politiques et une vie de pasteur. Il s’est occupé des plus simples tout en s’adressant aux plus intellectuels. C’est un homme qui peut parler à tout le monde.

Qui était-il vraiment ?

Augustin est d’abord un Romain né en Afrique. Sa mère, Monique, était berbère ; son père, Patricius, était un petit notable romain de cette belle province qu’était l’Afrique à l’époque. Augustin était pétri de culture latine, il connaissait par cœur Cicéron et Virgile. Il hérite de la grandeur de l’Empire romain, mais très vite, il pressent que cette grandeur est en train de s’effriter.

Il cherche ce qui peut survivre à cet empire qu’il voit s’effondrer sous ses yeux – car durant les 75 ans de sa vie, l’empire s’est littéralement effondré. Il est probablement le premier à n’avoir pas eu peur de cet effondrement, en disant : « Un empire est fait pour s’effondrer. » Ce qui se maintient est beaucoup plus profond, c’est au fond des cœurs, et pour lui, c’est le Christ.

Le Pape Léon XIV a tenu un discours remarqué aux ambassadeurs en début d’année où il souligne l’analogie entre les temps de saint Augustin et les nôtres. Vous partagez ce constat ?

L’analogie est évidente. Il est manifeste que le saint-père veut nous dire que nous........

© Le Point