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Le vrai, le bien et la peur : ce que les chercheurs n’osent plus dire

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03.09.2026

Il y a des obsessions qui usent et des sillons qu’on creuse tellement qu’on finit par s’y enterrer. Comme cette question qui me passionne autant qu’elle me déprime : que devient la science quand ceux qui la font préfèrent le bien au vrai – ou, plus insidieusement, renâclent à dire le vrai quand ils redoutent sa dangerosité ?

Un problème, là aussi je radote, dans lequel je suis entrée par Napoléon Chagnon. Alors étudiante en philosophie et depuis peu journaliste scientifique, je projetais de bifurquer vers la recherche de terrain, et Chagnon était mon point de fuite. J’avais été happée par sa monographie sur les Yanomamö, ce « peuple féroce » de l’Orénoque auquel il avait consacré sa vie, au point de lui écrire pour lui demander des références et, dans un élan dont je mesure encore la naïveté, ajouter : « Comment faire pour devenir vous ? » J’allais obtenir ma bibliographie assortie d’un avertissement : « Tu as vu ce qu’ils m’ont fait ? Alors que je suis une sommité ? Toi tu n’es même pas encore née que tu es déjà morte. Barre-toi du monde académique le plus vite possible. »

Ce n’est plus tard que j’ai pu saisir le fin mot de l’histoire, en découvrant que Chagnon avait surtout eu le tort de décrire les........

© Le Point