Quand LFI décrète que tout art doit être Insoumis
«Ne criez pas mon nom ! », lance Jean-Luc Mélenchon du haut de son estrade, avec ce sens consommé de la fausse modestie qui trahit toujours les ego impériaux.
La scène se déroule lors de la Fête de la musique, transformée pour l’occasion par La France insoumise, sur la place de la République à Paris, en meeting-concert antiraciste. Face à lui, la foule reprend en chœur : « Mélenchon Ballon d’Or, Mélenchon Ballon d’Or », sur l’air d’ordinaire réservé aux exploits d’Ousmane Dembélé au Parc des princes. Le chef sourit, feint d’être dépassé, mais savoure l’onction.
Dans le premier épisode de son documentaire de campagne autoproduit, intitulé Nous, c’est carré, un clin d’œil appuyé à l’expression popularisée par le rappeur Booba, la séquence résume la stratégie culturelle de la monarchie militante. Autour de Mélenchon, à l’écran, la vieille garde a presque déserté à l’exception des fidèles lieutenants Manuel Bompard et Mathilde Panot. Le reste de la cour est composé de trentenaires et de vingtenaires : Louis Boyard, Antoine Léaument, Clémence Guetté, Raphaël Arnault ou Sébastien Delogu.
Entre deux boutades, la plupart ne sont pas là pour disserter d’histoire ou de philosophie politique ; ils ont une fonction bien plus stratégique, celle de décodeurs et de capteurs de la culture populaire urbaine pour éviter au patriarche d’apparaître sous les traits du vieux notable ringard. Quand, le soir du concert antiraciste organisé pendant la Fête de la musique, la foule entonne l’hymne à Dembélé, Mélenchon doit ainsi se tourner vers ses jeunes camarades pour comprendre la « réf ».
Le rap comme service d’ordre électoral
En coulisses, pendant l’heure et demie de documentaire, les plus jeunes lieutenants font du patronage pour celui que les militants appellent affectueusement « le vieux ». Pour ne pas être dépassé par les réseaux sociaux, Antoine Léaument, très habile sur Twitch et TikTok, lui fait des briefs. Et le patron apparaît guidé par son chargé des affaires rap, le député Louis Boyard, qui le présente aux rappeurs programmés au concert de LFI.
Jean-Luc........
