« Les Rayons et les Ombres » : peut-on parier sur l’intelligence des gens ?
Peut-on filmer un collabo pendant trois heures, sans commentaire, en faisant confiance à l’intelligence du spectateur ? C’est le pari des Rayons et les Ombres. En racontant le parcours tragique du collaborationniste Jean Luchaire, Xavier Giannoli promet un cinéma par-delà le bien et le mal. « On emmène le spectateur sur un terrain inflammable », prévient-il devant les médias, faisant sienne la formule de Hugo « blâmer tout, c’est ne comprendre rien ».
Les Rayons et les Ombres promettaient donc de montrer la réalité telle qu’elle est. Ni rire ni pleurer, mais comprendre, dirait Spinoza. La promesse d’un art débarrassé de manichéisme moral avait de quoi séduire. Enthousiasmer, même.
Le projet est audacieux, et en grande partie tenu. Jean Dujardin incarne impeccablement Jean Luchaire, ce directeur du journal Notre Temps, corrompu, opportuniste, antisémite par intérêt : l’antihéros parfait. Le film happe, et on suit avec un malaise fascinant les coulisses de la lâcheté collaborationniste.
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D’autant que le réalisateur du formidable Illusions perdues ose, par moments, humaniser son personnage en montrant la complexité de ce père aimant, fusionnel avec sa fille, bon vivant qui, une fois la France envahie par l’Allemagne, enchaîne les pires compromissions.
Comprendre sans excuser
Le film est courageux, indéniablement. Giannoli l’a martelé : il s’agit de montrer de quoi l’homme est capable. Car il y a un intérêt à montrer le diable tel qu’il est, sans fard. « À quoi servirait ton bien, si le mal n’existait pas, et à quoi ressemblerait la terre, si on en effaçait les ombres ? », demande le diable à saint Matthieu dans Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov.
Et il ajoute : « Veux-tu........
