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Unanimité contre Air Canada

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26.03.2026

Le PDG d’Air Canada, Michael Rousseau, ne s’est pas contenté d’être une note infrapaginale de l’histoire linguistique du Canada. Malgré ses énormes bourdes linguistiques du passé, il persiste et signe en exprimant, uniquement en anglais, ses regrets à la suite du décès tragique d’un pilote québécois.

La plus récente ânerie du président d’Air Canada a même attiré les foudres du premier ministre Carney. Très bien, mais Rousseau insiste pour rester. Est-ce qu’Ottawa va faire quelque chose, ou simplement parler ?

Lorsqu’Air Canada a été privatisée, le gouvernement du Canada s’est assuré d’inclure dans la loi des obligations linguistiques plus strictes pour Air Canada que pour les autres compagnies aériennes.

Il est vrai que ces règles concernent surtout la disponibilité des services en français. Mais, par extension, n’y avait-il pas aussi une obligation morale pour le président de la compagnie – ou pour tout autre porte-parole – de s’exprimer en français, surtout lorsqu’il s’agissait d’offrir ses condoléances à la famille d’un pilote québécois qui venait de perdre la vie dans un accident ?

Pénible pour tous les Québécois

Ce ne sont pas seulement les francophones qui ont été choqués par l’attitude bornée de Michael Rousseau.

J’étais de nouveau à Peterborough cette semaine, à l’Université Trent, où j’ai eu le plaisir de donner des conférences.

J’y ai rencontré énormément de collègues de bonne volonté qui, par plaisir, par culture personnelle ou parfois par obligation professionnelle, s’intéressent au fait français et apprennent le français, souvent à l’âge adulte. Rousseau n’est pas juste borné, ce n’est tout simplement pas une priorité pour lui.

Les commentateurs anglophones du Québec avec qui je travaille sont solidaires et comprennent à quel point Air Canada nous insulte tous.

Ils sont choqués, d’abord et avant tout pour la famille du pilote, mais aussi parce que cela nuit à notre vivre-ensemble linguistique. Ils partagent la peine causée par l’attitude d’Air Canada.

Dans toute mon expérience des questions linguistiques au Québec et au Canada, c’est l’une des rares fois où anglophones et francophones sont aussi mécontents, les uns autant que les autres, par un même affront linguistique.

Allison Haines, chroniqueuse de The Gazette l’a bien résumé : Rousseau n’a plus d’excuses de ne pas avoir amélioré son français, et le peu de confiance que les gens pouvaient avoir a maintenant été gaspillé.

Air Canada ferme les yeux

Ce qui est intolérable, c’est que le conseil d’administration d’Air Canada accordera sans doute encore cette année des millions de dollars en bonus à M. Rousseau. C’est aussi inexplicable qu’inexcusable.

La piètre tentative de l’équipe des communications d’Air Canada de masquer sa bêtise à coups de sous-titres était lamentable.

Le français n’est pas une langue de traduction. C’est l’une des deux langues officielles du Canada – et d’Air Canada.

On a appris cette semaine que les rédacteurs de discours du premier ministre Carney sont exclusivement anglophones. Lui qui travaille bien son français, il doit maintenant aussi s’assurer que ses propres interventions publiques soient autre chose que de simples « TRANSLATIONS ».


© Le Journal de Québec