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Les médecins spécialistes dépassent les bornes

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18.03.2026

Les médecins spécialistes lancent de nouveaux moyens de pression pour casser définitivement les reins du gouvernement Legault. 

Non, je ne me défoulerai pas.

C’est plutôt un profond sentiment de tristesse et d’amertume qui m’habite.

Mon père était médecin spécialiste. Sa deuxième épouse était également médecin.

J’ai baigné dans ce milieu.

J’ai écrit un roman de 1200 pages dont le héros est un médecin.

Cette profession était pour moi porteuse de valeurs nobles, dont mon père fut l’incarnation quotidienne : la science, la quête de l’excellence, le travail acharné, le don de soi, l’humanisme, la compassion.

Elle est tombée bien bas et de très haut.

Seule la cupidité, absolument rien d’autre, justifie l’attitude actuelle des spécialistes.

Pourquoi ces moyens de pression maintenant ?

Parce qu’ils sont aux abois, désespérés ? Sérieusement.

En 2023, la rémunération annuelle d’un spécialiste à temps plein au Québec était de 548 000 $.

C’est dans la moyenne canadienne, mais c’est plus qu’en Ontario si vous tenez compte du coût de la vie.

Entre 2010 et 2022, la croissance de la rémunération clinique totale de nos spécialistes fut de 65 %, au quatrième rang des provinces canadiennes.

Connaissez-vous un autre domaine où le gouvernement donne une enveloppe globale d’argent à un syndicat, qui décide ensuite comment il la distribue parmi ses membres, qui peuvent aussi s’incorporer pour payer moins d’impôts ?

Leurs études sont longues ?

Pas plus longues que celles de tout étudiant qui fait les trois cycles du parcours universitaire : baccalauréat, maîtrise, doctorat.

Leurs responsabilités sont lourdes ?

Plusieurs autres professions sont aussi porteuses de lourdes responsabilités, et ce ne sont pas toutes les interventions d’un spécialiste qui sont complexes et délicates.

Je vais vous dire pourquoi les spécialistes durcissent leur action maintenant.

C’est tout simplement parce qu’ils savent qu’ils n’auront pas une meilleure occasion de faire des gains salariaux spectaculaires.

La CAQ est impopulaire, épuisée, au bout du rouleau.

Ce gouvernement n’a plus beaucoup de capacités de résister.

Il est paralysé par la course à la chefferie.

Les valises de François Legault sont prêtes.

Christian Dubé a été écarté.

Sonia Bélanger vient d’arriver.

Et il est si facile de faire peur à la population.

Les spécialistes savent que, dès le mois d’octobre, un nouveau gouvernement sera en place.

Un gouvernement est toujours fort en début de mandat.

Celui de la CAQ est dans les câbles, sonné, sans défense, prêt à se faire passer le K.-O.

C’est le temps de l’achever.

Quand le phoque saigne, les requins l’encerclent.

Pour les spécialistes, il n’y aura pas de meilleure fenêtre d’opportunité que maintenant.

Au fond, mon titre est un peu erroné.

Où sont vraiment les bornes à ne pas dépasser quand on est si proche de se croire tout permis ou presque ?

Je ne sais pas dans quelle mesure les positions du syndicat des spécialistes reflètent les valeurs de tous ses membres.

Chose certaine, la boussole morale de ceux qui parlent au nom de tous est profondément déréglée.


© Le Journal de Québec