S’endetter pour manger: rien ne va plus
Lorsque 34 % des ménages dans un pays riche comme le Canada sont forcés de s’endetter ou de puiser dans leurs économies pour se nourrir, rien ne va plus.
C’est ce que nous apprend le Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie avec son rapport sur le quatrième indice de consommation alimentaire.
Officiellement, le prix de la nourriture aurait monté de près de 30 % depuis 2021. Ce qui serait déjà intenable pour un nombre croissant d’entre nous.
Or, quiconque fait sa « commande », comme nos mères disaient, est à même de constater que les hausses de prix, dans le réel, sont pires encore.
S’ajoute la montée en flèche des prix pour les produits d’hygiène courants et les médicaments. Idem, sur la même période, pour la hausse vertigineuse de 70 % du prix des loyers.
Ces derniers ont tellement monté qu’ils grugent directement la capacité de bien se nourrir et de bien se soigner. Cette roue infernale mine la santé mentale et physique de plus en plus de Canadiens et de Québécois.
Selon un dossier fouillé du Journal, une part croissante et inquiétante de Québécois de plus de 50 ans, sans fonds de pension ni REER bien garnis, sont aussi condamnés à vieillir dans une pauvreté injustifiable.
Les écarts se creusent
En même temps, à l’autre extrême, une minorité s’enrichit de plus en plus. Les écarts de richesse se creusent à nouveau, mais nos élus restent de glace.
Comme explication, la pandémie et les guerres ont le dos large. Alors, que font nos gouvernements ?
Au lieu d’agir à la source du problème en imposant des limites à la cupidité de certains empires de l’alimentation et d’investisseurs immobiliers pour qui le logement est un guichet automatique, ils se félicitent, comme ils disent, de « remettre de l’argent dans le portefeuille » des citoyens.
Or, qu’elle soit par chèque ou allocation, cette approche purement individualiste et clientéliste fait chou blanc.
Tout ce qu’elle fait est de créer l’illusion d’une aide ponctuelle individuelle qui, dans les faits, se retrouve transférée illico dans les poches des mêmes gloutons qui gonflent à bloc les prix de l’épicerie et du logement.
Résultat : en plus de priver le trésor public de montants substantiels pour les services publics, remettre un peu d’argent « dans le portefeuille » des citoyens de temps à autre pendant qu’on laisse les prix de l’épicerie et des loyers grimper, c’est comme ajouter de l’eau dans une chaloupe percée.
Pendant ce temps, on pointe la gauche comme la grande responsable de tous les maux du monde. Ce sont toutefois des gouvernements issus du centre ou du centre-droit qui remettent « de l’argent dans le portefeuille » des électeurs sans effets tangibles dans la réalité.
Cet argent, c’est pourtant celui des mêmes citoyens, électeurs, contribuables dont plus du tiers en arrache devant les mêmes géants de l’alimentation et de l’immobilier, que les mêmes gouvernements laissent aller au nom de la sacro-sainte « loi du marché ».
