Un acte de mémoire ne devrait jamais être effacé
J’ai étudié dans des écoles juives subventionnées par l’État québécois.
Comme d’autres écoles privées au Québec.
Mais à la différence de bien d’autres établissements, il y a toujours eu un garde de sécurité à l’entrée de mon école.
Pas parce qu’on y encourageait la violence.
Pas parce qu’on y cultivait l’extrémisme.
Mais parce que c’est une école juive.
Parce que, depuis longtemps, les institutions juives doivent se protéger face à des gestes et des menaces dirigés contre elles, ici même à Montréal.
Depuis le 7 octobre 2023, ces menaces se sont intensifiées.
Des écoles juives à Montréal ont été visées par des tirs.
Des synagogues ont été attaquées.
La peur est devenue plus palpable.
Cette semaine, toute la classe politique s’est dite outrée qu’un « soldat israélien » vienne parler dans une école comme la mienne.
En Israël, le service militaire est obligatoire pour presque tous les jeunes. À 18 ans, on porte l’uniforme. Être israélien, c’est presque toujours avoir été soldat. Ce n’est pas une posture idéologique. C’est une réalité nationale.
Israël est un petit pays, dans une région où son existence a été contestée à plusieurs reprises depuis sa création. Cette réalité géopolitique explique en partie pourquoi le service est universel.
Ces soldats ne viennent pas glorifier la guerre.
Ils viennent raconter le 7 octobre.
Des jeunes comme moi qui dansaient.
Des familles brisées.
Ils viennent partager ce qu’ils ont vu et vécu ce jour-là.
Assimiler cela à une provocation, c’est refuser la nuance.
À Herzliah, on ne m’a pas appris la haine.
On m’a appris le français.
L’histoire du Québec.
Le respect de la démocratie.
La valeur de chaque vie humaine.
On m’a appris qu’on ne peut pas pleurer les enfants de Gaza sans penser aussi aux enfants Bibas. Que la compassion n’est pas sélective. Que la douleur d’un enfant, peu importe d’où il vient, mérite la même humanité.
Les écoles comme la mienne ont formé des médecins, des juristes, des ingénieurs, des chercheurs qui contribuent pleinement au Québec. Nous avons grandi ici. Nous faisons partie d’ici.
Je ne nie pas la souffrance palestinienne. Je souhaite la paix. Mais la paix commence par reconnaître toutes les souffrances, pas seulement celles qui correspondent à nos sensibilités politiques.
Ces deux réalités coexistent.
Inviter un témoin à parler n’est pas un acte de guerre.
C’est un acte de mémoire.
Et la mémoire ne devrait jamais déranger, au point qu’on préfère l’effacer.
