Peut-on arrêter de diaboliser le populisme?
Commentaire sélectionné parmi les réponses au texte « Évitons les mesures populistes pour baisser le prix de l’essence » sur le site Web du Devoir, le 16 mars 2026
L’auteur de la lettre ouverte fait une belle proposition ! Utiliser les surplus du FECC pour offrir des ristournes à des citoyens n’ayant pas, ou ayant très peu, d’options de mobilité durable, ce qui les rend très sensibles aux hausses de prix causées par la guerre en Iran et ce qui exacerbe donc leur coût de la vie. Rappelons que l’IRIS a évalué que la Côté-Nord avait le coût de la vie le plus élevé au Québec justement en raison de sa dépendance structurelle à la mobilité fossile. C’est une iniquité réelle. Et malheureusement, même si on avait le gouvernement le plus motivé par le développement des autres options de mobilité, la dépendance structurelle aux automobiles va prendre du temps à se renverser dans plusieurs régions. Vouloir soutenir ces citoyens dont les besoins en mobilité ont été délaissés par les politiques depuis des décennies est donc légitime.
Voilà donc où l’auteur fait erreur. Car sa proposition est tout aussi populiste que celles qu’il critique. En effet, le populisme est une lentille politique qui met à l’avant-plan les problèmes vécus par le peuple, mais ignorés par une certaine élite (ici les élites métropolitaines, qui ont accès, elles, à des modes de mobilité autres que la voiture, qui peuvent ainsi compenser la hausse des coûts du carburant). Comme n’importe quelle lentille politique, celle-ci n’est pas nécessairement bonne ou mauvaise, et le populisme n’est pas intrinsèquement de gauche ou de droite. C’est simplement une attention portée aux besoins du peuple. Bref, s’opposer à soutenir nos concitoyens subissant la hausse du prix des carburants à la suite de la guerre en Iran est une posture élitiste. Pour les soutenir, plusieurs avenues ont été proposées, dont celle de l’auteur. Elles sont à débattre sur le fond et viennent toutes avec un coût. Par exemple, utiliser le FECC nuirait au financement d’initiatives dans la lutte contre les changements climatiques. Qu’une proposition soit moins bonne qu’une autre, selon nous, ne rend pas celle-ci plus « populiste », seulement moins efficace.
