Les prophètes contre les diplomates
Les négociations engagées entre Washington et Téhéran nourrissent régulièrement l’espoir d’une désescalade durable au Moyen-Orient. Pourtant, chaque avancée diplomatique semble rapidement rattrapée par une nouvelle crise militaire. Cette fragilité ne s’explique pas uniquement par les rivalités géopolitiques. Elle tient également au fait qu’une grande partie des acteurs interprète les conflits à travers des récits religieux qui dépassent la logique du compromis politique. Lorsque la guerre est investie d’une signification eschatologique, la paix cesse d’être un objectif politique pour devenir l’aboutissement d’un dessein divin.
Du côté iranien, les courants les plus radicaux de la République islamique considèrent qu’un accord durable avec les États-Unis ne constituerait pas seulement un compromis diplomatique, mais une remise en cause de l’identité même de la Révolution islamique de 1979. Les États-Unis, désignés dans le discours révolutionnaire comme « l’Arrogance mondiale » (al-Istikbar al-Alami) et le « Grand Satan » (al-Shayṭan al-Akbar), sont perçus comme un adversaire auquel aucune confiance ne peut être accordée et dont les promesses ne sauraient être crédibles.
Le programme nucléaire est présenté comme un droit de la nation iranienne, tandis que toute normalisation avec Washington est interprétée comme une tentative d’affaiblissement de la République islamique. Celle-ci ne se limite pas à la défense du territoire iranien : elle s’inscrit dans l’idée d’une révolution permanente.
Cette lecture est notamment portée par les secteurs les plus idéologiques du velayat-e faqih (Pasdaran, Basij, Ansar-e........
