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Il y a urgence d’agir pour l’éducation au Québec

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14.04.2026

De façon régulière, dans les dernières semaines, l’actualité a fait écho de préoccupations au sujet de notre système d’éducation. Qu’il s’agisse du taux anémique de réussite des études, des lacunes relatives à la maîtrise du français, du décrochage alarmant des garçons, du manque chronique de ressources qualifiées pour l’enseignement et le soutien à l’apprentissage, de la vétusté des locaux, des enjeux croissants liés à la santé mentale, de la ségrégation systémique des populations étudiantes, de l’épuisement professionnel, de l’impact des technologies sur les modes d’accès au savoir, la liste des problématiques qui affectent le milieu de l’éducation au Québec et qui devraient au plus haut point nous interpeller comme société est longue.

Ces préoccupations se répandent et nous inquiètent collectivement. Des mouvements citoyens comme « Debout pour l’école » et « L’école ensemble » se forment et s’activent publiquement pour conscientiser la population et déterminer les actions à mener, comme la tenue d’états généraux, idée qui trouve preneur chez nombre d’observateurs avertis et, au moins, au sein d’une formation politique. Sans oublier le premier ministre lui-même, lequel, lors de son dernier discours dans l’enceinte parlementaire, fit de l’éducation LA priorité nationale.

Ajoutons, s’il le faut, les facteurs exogènes qui pèsent actuellement sur l’acte éducatif, cette sorte d’état de crise polymorphe qui semble devenir permanent et qui va en se complexifiant. Désastre climatique, crise migratoire, envahissement des technologies numériques, au premier chef l’IA, turbulences géopolitiques et macroéconomiques, assauts contre la démocratie, effets délétères des biais idéologiques (fondamentalisme, intégrisme, technicisme…), brouillage des référents culturels communs sont quelques-uns de ces facteurs qui configurent nos réalités !

Le fruit semble donc mûr pour qu’on entreprenne ensemble un grand brassage d’idées et s’adonne collectivement à un vigoureux et tout aussi rigoureux exercice de réflexion sur notre système d’éducation, fins et moyens, de la maternelle à l’université. Un chantier convoquant les lumières des experts, effectuant recherches et études pertinentes ; une discussion permettant de revisiter mission et finalités de notre système, de les mettre à jour et au diapason d’un temps incertain qui voit ses repères familiers pulvérisés et les changements advenir à vitesse grand V, nous laissant pour ainsi dire huppés comme des alouettes ! En somme, une démarche ouverte, à mener sur l’agora, question de bien mesurer l’Importance des enjeux, de saisir la nature des défis et de trouver les meilleurs moyens d’y faire face.

Pour nous, philosophes de formation, il va de soi que le renouvellement de notre système d’éducation doit s’opérer, au-delà de la transmission de connaissances et du développement de compétences, à partir d’une visée fondamentale d’émancipation. Ainsi, sur le plan des finalités, rappelons-nous — grâce au pédagogue français de renom Philippe Meirieu, qui dit « qu’éduquer, c’est vouloir que l’autre devienne lui-même » —, qu’un tel renouveau doit se faire à l’enseigne d’un continuum qui favorise l’éclosion de la personne dans son intégralité, par la formation de la faculté de juger, le développement de l’esprit critique, l’adoption de comport

Dans l’ordre des moyens, nous imaginons des lieux d’apprentissage qui seront de véritables milieux de vie, en combinant ressources institutionnelles et ressources communautaires, offrant des situations d’apprentissage qui permettent l’acquisition de savoirs et de compétences, certes, mais aussi, et surtout, qui donneront lieu au développement de la socialité et du savoir-vivre, par l’habilitation à la discussion rationnelle, au dialogue et à la délibération civique.

Alors, commission Parent 2.0 ou états généraux ? Quelle formule privilégier ? Une formule hybride comme le fut en son temps la commission Parent ? Faut-il rappeler que celle-ci est née, a pris forme et a mis cinq années à mener ses travaux et à les conclure ? Et qu’il fallut quelques années additionnelles pour voir les premières recommandations se matérialiser. Peut-on refaire, fut-il sous une forme actualisée et condensée, l’équivalent de ce que fut pour son époque la commission Parent ? L’équivalent d’une refondation ? Agir de sorte que notre système se redéfinisse et prépare adéquatement les générations montantes à faire face aux défis des prochaines décennies ?

Tâche titanesque, s’il en est ! Néanmoins, devant l’ampleur des enjeux et la rapidité des changements qui surviennent, il y a, selon nous, urgence d’agir et nécessité de se mettre à la tâche sans tarder. À quelques mois des prochaines élections, sachant qu’il faut une volonté politique ferme pour s’attaquer à la rénovation de notre système d’éducation, nous en faisons un enjeu de campagne et appelons à cet effet les partis politiques à se compromettre, convaincus que l’avenir de notre société est concerné et que l’éducation demeure encore, à ce jour, le meilleur véhicule pour garantir que cet avenir soit sinon convivial, du moins existentiellement viable.

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