Idées|Mon rêve québécois est brisé Lyubka Stoykova
Aujourd’hui, j’ai le cœur lourd. Le 2 avril 2026, le gouvernement du Québec vient d’adopter le projet de loi 9, qui interdit le port de signes religieux, notamment dans les centres de la petite enfance (CPE). Cette loi enchaînera plusieurs milliers de femmes de confession musulmane à leur milieu de travail actuel, éliminera toute possibilité d’évolution et leur interdira l’accès au métier pour lequel elles ont étudié. Contre toute attente, je ne suis pas musulmane. Je suis une femme, mère, directrice générale d’un centre de la petite enfance (CPE), étudiante, immigrante, athée. Pourquoi est-ce que je suis dévastée alors ?
24 juin 2012. Fraîchement arrivée au Québec, ce soir-là, je fêtais pour la première fois la Saint-Jean-Baptiste au parc Maisonneuve. Je me rappelle cette belle nuit pluvieuse comme si c’était hier. Je me remémore notamment une famille d’origine musulmane. Le papa, la maman, une femme portant le hidjab, et la poussette avec le petit bout de chou à l’intérieur. Malgré la pluie, ils avaient des étoiles dans les yeux et des drapeaux du Québec dans les mains. Et je me suis sentie fière du choix que j’avais fait. De la province que j’avais choisie ! Je venais de passer dix ans en France. Pays magnifique, mais peu clément envers les étrangers et franchement pas un exemple d’intégration. Ce que j’avais sous les yeux était un exemple parfait d’intégration, d’ouverture, de tolérance, d’acceptation.
Régression et non pas une évolution
Quatorze ans plus tard, j’ai un goût amer dans la bouche. Des discours populistes qui fusent dans tous les sens. Dans un seul et unique but électoral. L’immigrant est le parfait bouc émissaire. Comme si, en fermant le programme d’expérience québécoise et en interdisant le port de signes religieux, ceci réglera les problèmes dans notre société. Dès demain, les loyers deviendront abordables, il y aura du travail pour tous, le coût de l’épicerie va baisser, il y aura moins d’enfants à la DPJ, moins de féminicides et moins d’accidents sur la route. Au lieu de trouver de vraies solutions à nos problèmes au Québec, on pointe du doigt l’immigrant.
Cette loi est le coup de grâce ! Elle a été adoptée par une grande majorité de politiciens qui se soucient peu des futures ruptures de service dans les CPE et les écoles. Je doute fort qu’ils aient récemment mis les pieds dans un CPE ou entendu les préoccupations des éducatrices et des parents, aussi déconnectés qu’ils soient. La cerise sur le gâteau : la loi est adoptée la veille d’un Vendredi saint. Dans la logique de la Coalition avenir Québec, devrait-on aussi abolir toutes les fêtes d’origine religieuses comme Pâques ? Non. Parce que la richesse d’une société réside dans sa diversité… qu’on devrait tous et toutes ensemble souligner : Pâques, l’Aïd, Roch Hachana, etc.
Une dernière absurdité, mais pas la moindre : avez-vous oublié qui sont vos ancêtres ? N’étaient-ils pas des immigrants ? N’ont-ils pas laissé tout derrière eux dans l’espoir d’une vie meilleure ? Pensez-vous qu’ils seront fiers de voir le Québec d’aujourd’hui ?
Ceci n’est pas un sermon. Mes enfants sont de vrais petits Québécois et fiers de l’être. Et moi aussi ! Notre société a besoin de se secouer un peu ! Revenir à ce qui définit l’unicité du Québec : l’ouverture d’esprit, la gentillesse et le dynamisme !
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