La Constitution est morte, vive le Québec!
La Constitution du Québec est morte jeudi et, je l’avoue, j’en suis soulagé. Mes amis nationalistes m’en voudront. Tant pis. Quelqu’un doit dire pourquoi ce texte méritait de mourir, et le dire autrement qu’avec les arguments des juristes : l’article 45 de la Loi constitutionnelle de 1982, le plafond des compétences, la charge du lieutenant-gouverneur. Exact, et secondaire. La vraie raison est ailleurs. Elle commence par une chanson.
En 1842, un étudiant de dix-huit ans, Antoine Gérin-Lajoie, écrit Un Canadien errant. Trois ans après l’écrasement des patriotes, c’est la complainte d’un exilé qui demande au vent de parler de lui aux siens. On la chante encore. Mais écoutez qui la chante. Leonard Cohen, juif anglophone de Montréal, l’enregistre en 1979 sur fond de mariachi. Avant lui, Ian&Sylvia, duo folk venu de l’Ouest, l’avait portée jusqu’aux scènes de New York. La complainte du Canadien dépossédé survit dans la bouche de ceux qui ont hérité du nom. Même notre exil, ce sont les autres qui le chantent.
Car le Canadien de 1842, c’était l’habitant des bords du fleuve, le descendant de la Nouvelle-France ; les autres se disaient British. Puis le mot a voyagé. Un siècle plus tard, il désignait tout le monde, sauf celui-là même qui l’avait porté en exil. Un peuple à qui on a laissé la terre, mais retiré le nom.
Derrida s’est un jour penché sur la Déclaration d’indépendance américaine et y a vu un paradoxe. Qui signe ? Le........
