Chronique | Quand le poisson poppe
Sans vouloir me vanter, je crois avoir inventé une nouvelle technique de pêche à l’achigan. On fait comme si on chassait la perdrix avec un épagneul breton, mais au lieu d’un épagneul, c’est un baigneur qui pointe les achigans. L’idée a pris naissance alors que je balançais tranquillement un leurre de surface de type « popper » en direction de quelques troncs d’arbres noyés le long de la rive d’un lac de l’Estrie. Le lac était calme, à peine effleuré d’un souffle de vent. Un peu plus loin, les enfants se baignaient autour du quai de notre chalet de location.
Dérivant bien pépère dans une chaloupe dont je rectifiais parfois la position à l’aide du moteur électrique, je me rapprochais peu à peu des baigneurs et de leurs éclaboussements, lorsque l’un d’eux m’a crié qu’un gros achigan se prélassait sous le quai depuis un moment, pratiquement sous leur nez. J’ai mis tout doucement le cap sur le quai.
Les experts nous disent qu’au moment d’effectuer un lancer vers une structure où une petite bouche pourrait se trouver à l’affût, il faut projeter le leurre un peu plus loin, puis le ramener vers la cachette pressentie, cela pour éviter que le bruyant amerrissage d’une pièce de quincaillerie hérissée de trépieds d’hameçons n’effraie l’hypothétique poisson embusqué là. Or, quelqu’un m’affirmait maintenant qu’un centrarchidae de bonne taille montait la garde sous ce débarcadère, indifférent aux cris et aux battements de jambes de jeunes baigneurs qui crevaient la surface de l’eau à quelques mètres de lui. J’ai coupé le moteur.
J’le vois encore, m’a lancé ma fille, penchée sous le quai.
Bah, s’il n’est pas malade ou mourant, il va détaler en m’entendant arriver, me........
