L’erreur de Saint-Denys Garneau
La figure du poète maudit m’agace. Je lui reconnais, bien sûr, une part de vérité. Comment nier, en effet, que des poètes, parmi les plus grands, comme Rimbaud, Verlaine, Baudelaire et Nelligan, ont été incompris et que cela leur a valu des vies de misère ? Ce statut de pestiféré, pour la postérité, a contribué à leur gloire, mais a eu un effet pervers en mettant dans les esprits l’idée qu’un vrai poète est presque nécessairement maudit, ou à tout le moins un peu bizarre.
J’ai été, dans ma jeunesse poétique, fasciné et inspiré par cette figure. Ces sombres et brillants écrivains m’attiraient, et je voulais les imiter. Pourtant, ma nature joyeuse et optimiste me retenait d’aller jusqu’au bout. Je voulais être comme Nelligan, mais sans la folie, sans la détresse. Était-il possible d’être un poète véritable, original, tout en étant heureux ?
Je dois à ma lecture de l’œuvre de Jean-Paul Daoust dans un cours de Bernard Pozier, et à mes rencontres occasionnelles avec l’homme derrière l’écrivain, une issue favorable à ma question. Daoust, qui vient d’avoir 80 ans, est un poète audacieux, maître des codes contre-culturels, capable à la fois de gravité et de légèreté, mais c’est aussi un homme généreux, animé par une contagieuse envie de vivre. J’avais 18 ans quand je........
