Antigone ou Ismène ?
J’adore les essais qui revisitent des classiques de la littérature afin d’éclairer les enjeux du temps présent. Les classiques sont vivants parce qu’ils parlent brillamment de la condition humaine. On ne les lit pas pour vivre dans le passé ; on les lit parce qu’ils parlent de nous mieux que nous ne saurions le faire. « Un classique, écrit Italo Calvino, est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire. » Quand une œuvre de ce type trouve un interprète à sa hauteur, le résultat est éblouissant.
La philosophe Cécile Gagnon est une de ces précieuses interprètes. Dans Antigone est-elle un homme ? (Nota Bene, 2026, 156 pages), elle relit avec une remarquable finesse la tragédie de Sophocle (495-406 av. J.-C.) pour en tirer des considérations morales à partir d’un angle féministe. Sa réflexion brille par sa densité, son intelligence, sa sensibilité et son sens de la nuance. Ce petit livre est un grand essai.
« Tout le monde aime Antigone, note Gagnon pour lancer sa réflexion. C’est une femme forte qui défie l’autorité. Elle est prête à mourir pour ses valeurs […]. » Il est vrai que le personnage impressionne. Rebelle, amoureuse et courageuse, Antigone incarne le refus de ce qui blesse l’humanité. Toutes les personnes qui ont en horreur l’arbitraire souvent cruel du........
