Carnet d’un soleil de fin du monde
14 août 2025. Dans le centre et le nord du Portugal, les feux de forêt crépitent comme dans l’Ouest canadien. Le soleil rouge nous a suivis jusqu’ici. Sur Lisbonne, le smog rappelait celui de Montréal. Bientôt, ce sera la réalité partout. Un soleil rouge. Demain c’est aujourd’hui, déjà, peut-être. Un demain où on lira les textes pas si anciens en peinant à croire que l’astre a déjà été d’une autre couleur.
C’est inévitable : même si je voyage très peu, même si c’est le premier voyage en avion conscient de mon fils de neuf ans, je n’ai pas la tête tranquille de notre empreinte carbone. Voyager est fou. Mais c’est aussi singulier de penser que mes enfants grandissent sur une planète où s’immerger dans d’autres cultures — rencontrer l’autre sur son terrain, prendre contact avec ce qui l’a fait, construit, partager son quotidien — ne sera peut-être plus possible, alors qu’on assiste à un repli identitaire que je n’aurais pas cru voir de mon vivant.
Je ne suis pas née dans une famille riche ou qui voyageait. J’en prends conscience en écrivant ces lignes : je n’ai jamais pris l’avion avec ma mère. On faisait surtout du camping au Québec ; une fois dans le Maine, c’est tout (juste assez pour que notre capot fume au beau cœur des White Mountains : 700 $US et un gros trou dans le portefeuille de notre famille nouvellement éclatée). J’ai pris l’avion pour la première fois l’année suivante, à 14 ans, pour aller au championnat canadien de badminton à Winnipeg. Ensuite, à 21 ans, pour le Mexique, où j’ai bourlingué un mois avec un très petit budget — du genre qui nous fait vivre les aventures les plus improbables et les plus dangereuses. Les plus inoubliables et les plus transformatrices. Hit the road,........© Le Devoir
