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Le retour de la doctrine Kirkpatrick en Amérique latine

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18.09.2025

En août 1981, l’ambassadrice américaine à l’Organisation des Nations unies, Jeane Kirkpatrick, se rend à Santiago pour rencontrer le dictateur chilien Augusto Pinochet, huit ans après son coup d’État militaire. Elle décrit ensuite leur entretien comme « très agréable » et annonce que le gouvernement Reagan normalisera pleinement les relations et reprendra les ventes d’armes — un soutien que Pinochet utilisera aussitôt pour revendiquer une nouvelle légitimité et écraser tout opposant.

Cet épisode a cristallisé ce qu’on a appelé la « doctrine Kirkpatrick » : la philosophie selon laquelle Washington avait l’obligation morale et politique de soutenir tout autocrate aligné sur son programme anticommuniste, tout en s’acharnant à déstabiliser ou à renverser tout gouvernement de gauche refusant de suivre le pas. Sous cette doctrine, presque tout était permis pour la protection des intérêts économiques américains.

Celle-ci a servi de justification à la participation au « plan Condor », un vaste système de répression transnationale coordonnant assassinats et tortures dans toute l’Amérique latine et permettant entre autres aux régimes de pourchasser et de tuer des dissidents politiques même en dehors de leurs frontières. Elle a aussi permis d’armer et de former les Contras au Nicaragua, de soutenir la junte militaire brésilienne et de fermer les yeux sur la « guerre sale » en Argentine, au prix de dizaines de milliers de disparus.

Avec la fin de la guerre froide, les idées de Kirkpatrick semblaient condamnées aux oubliettes. Mais sous Donald Trump, leur spectre est revenu hanter Washington (et Miami, maintenant un pôle de la politique........

© Le Devoir