Si ce n’était que la littérature
Si l’affaire Thélyson Orélien (auteur du roman C’était ça ou mourir) a fait couler beaucoup de pixels depuis les allégations d’utilisation de l’intelligence artificielle (IA), il m’a fallu un seul café à la Grande Bibliothèque avec la comédienne, réalisatrice et metteuse en scène Dominique Leclerc pour comprendre que cette histoire n’était qu’une mouche collée au plafond. Une simple distraction, comme le doigt qui montre la lune.
Dominique a consacré les treize dernières années de sa vie à écrire et à monter des pièces de théâtre sur le transhumanisme (Posthumains) et l’IA (Une vie intelligente chez Duceppe, en collaboration avec l’Université de Montréal). J’ai aussi vu sa pièce i/O, toujours sur les dérives de ces zones troubles de la techno qui échappaient encore au grand public, en 2021.
« Je suis un peu fâchée aujourd’hui, car j’ai essayé de mettre ça en lumière dès 2017. On pensait que j’étais dans la science-fiction ! »
Mais l’arrivée de ChatGPT, une Ferrari sans freins offerte au grand public, a tout fait basculer. C’est en 2023 que Yoshua Bengio a écrit sa première lettre d’alerte (il en a publié une autre cette semaine avec 224 chercheurs) en s’inquiétant des dérives possibles. Pas d’une IA qui gagnerait des prix Goncourt, non, d’une IA aux desseins incompatibles avec les nôtres et incontrôlables. Trois ans plus tard, nous y sommes, des lanceurs d’alerte démissionnant et multipliant les drapeaux levés.
Et avec quel enthousiasme le public s’est précipité sur ces IA, a adopté Claude ou Gemini, et désormais Muse (comme assistant personnel auquel on déconseille de dévoiler son NIP ou ses dick pics), avec quelle naïveté avons-nous confié nos rêves, nos envies, nos projets et nos créations à l’IA, sans prévoir la possibilité (quoiqu’Asimov l’avait fait en 1942 avec ses trois lois de la robotique) que la machine se retourne contre nous. Alors, ce pauvre Thélyson, vrai ou faux, pile ou face, son cas relèvera de l’anecdote bientôt.
« L’une des qualités des États-Unis, me dit-il, c’est que ce que nous ne permettrions pas à l’État, nous laissons le privé le faire. Si le gouvernement construisait une machine de surveillance comme celle que nous avons bâtie, elle serait jugée inconstitutionnelle. Dans notre cas, ce n’est que du business. Et quand l’État a besoin de quelque chose, il vient nous voir en client. » Giuliano da Empoli, « Le fondateur »
« L’une des qualités des États-Unis, me dit-il, c’est que ce que nous ne permettrions pas à l’État, nous laissons le privé le faire. Si le gouvernement construisait une machine de surveillance comme celle que nous avons bâtie, elle serait jugée inconstitutionnelle. Dans notre cas, ce n’est que du business. Et quand l’État a besoin de quelque chose, il vient nous voir en client. »
Si Dieu est partout, désormais, l’IA aussi. Dans son film Posthumains, Dominique Leclerc a choisi un extrait montrant l’ex-ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon, en août 2020,........
