menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

La langue à terre

46 0
30.03.2026

À l’été de 1932, en pleine crise économique, Ottawa convoque une conférence impériale pour tenter de l’endiguer. Parmi 60 spécialistes mobilisés par le gouvernement fédéral, aucun n’est francophone. Pour calmer la grogne, le gouvernement finit par en engager un. Un seul.

Quelques mois plus tard, la scène se répète. À la douane de Montréal, dans un secteur lié aux postes, on nomme un chef de service unilingue anglais. Pour protester, des étudiants envisagent de barbouiller d’encre deux ministres.

Les débats sont bercés par un vieux refrain : le Canada serait un pacte entre deux nations. Une fiction que Mark Carney a tenté de ranimer lors d’un discours navrant aux plaines d’Abraham.

De là une revendication longtemps affirmée par nos devanciers : obtenir du français sur les chèques gouvernementaux et les timbres postaux. Comme si quelques concessions symboliques pouvaient faire oublier l’essentiel : l’effacement d’une langue dans un système qui l’écrase tout en feignant de la reconnaître.

Sous le régime Duplessis, l’influent Antoine Rivard prononce des discours qui éludent les racines de la crise linguistique. Quand ce ministre rondouillard évoque la situation du français, c’est pour brider les ambitions et en appeler à la résignation. Qu’un enfant apprenne l’anglais ou le français ne changera rien à son destin, explique-t-il. Qu’est-ce qui détermine son avenir ? Là où il est né, répond Rivard. Si l’enfant vient du monde ouvrier, « cet infortuné saura bien juste lire et écrire ». Pire encore, « si l’enfant a le malheur de naître dans la fumée........

© Le Devoir