La fin du Canadien
Il a dix-huit ans et il ne votera pas. À dix-huit ans, pour lui, c’est déjà la fin de la vie.
Il s’appelle Urbain. Quand on l’appelle par son nom, il ne répond pas.
Dans l’écurie installée au sommet du mont Royal, Urbain était, jusqu’à vendredi dernier, le dernier cheval de race canadienne encore employé par la police de Montréal.
Urbain est désormais à la retraite. Il va couler la fin de ses jours dans les prés de Mirabel. Pas de discours de départ ni de montre en or. Juste une retraite dorée, garantie sans anxiété.
Pourquoi vous parler d’Urbain ? Parce qu’après lui, c’est fini. Tous les Canadiens ont été remplacés par des Clydesdales, de gros chevaux de trait d’origine écossaise.
Pendant des décennies, la police de Montréal a monté des chevaux canadiens comme Urbain. De bonnes bêtes solides, capables de circuler sur la montagne, l’asphalte, le gravier et la neige.
Le cheval Canadien a quelque chose qui appartient intimement à l’histoire du demi-pays où il a si longtemps servi. On doit son arrivée à nul autre que Louis XIV. Pour soutenir sa colonie d’Amérique, il en envoie en Nouvelle-France. Ces bêtes, originaires de Bretagne et de Normandie, arrivent à compter de 1665. D’abord 12 juments et 2 talons. Jusqu’en 1671, quelque 82 chevaux sont ainsi expédiés. Puis, les arrivages cessent.
Les Autochtones voient débarquer ces chevaux avec stupéfaction. Comment de si grosses bêtes peuvent-elles être, se demandent-ils, « si traitables, et si souples à toutes les volontés de l’homme » ? Ils les appellent « les orignaux de France », note le........
