Chronique|Les fraises de l’île d’Orléans Jean-François Nadeau
Je suis passé l’autre jour chez Pierre Lahoud. Je n’étais pas loin. Je lui ai dit : « J’arrive. » Lahoud, c’est un chevalier ailé. Depuis son avion, il a passé sa vie à regarder le Québec vu du ciel. Il a photographié, sans jamais se lasser, les villages, les rangs, les clochers, les granges, les champs de culture, les sommets enneigés, les méandres des rivières, le grand fleuve… Il l’a fait pour montrer que le territoire, vu avec hauteur, parle plus franchement de nous que bien des discours qui ont pourtant la prétention d’être terre à terre.
Après avoir pris mon mal en patience, coincé derrière les files de camions qui encombrent désormais la route de l’île d’Orléans, j’ai fini par arriver chez Lahoud. Depuis un moment, les camions transportent la pierre et la terre qu’on arrache au cœur de l’île pour les déverser dans le fleuve en vue de la construction du nouveau pont. L’ancien a fait son temps. Inauguré en 1935 par Alexandre Taschereau dans le cadre d’une opération électorale, le pont de l’Île, bien qu’une nécessité, s’inscrivait dans cette vieille tradition qui métamorphose des travaux publics en cadeaux politiques.
Quatre-vingt-dix ans plus tard, la facture du nouveau pont est estimée à environ 2,8 milliards de dollars. Pas bien loin, somme toute, du coût du nouveau pont Samuel-De Champlain à Montréal. Pourtant, les deux ouvrages n’ont rien de comparable. Le pont montréalais compte six voies de circulation, accueille près de 140 000 véhicules par jour. Il porte aussi le REM, en plus d’une........
