Chronique|Devant les fausses nouvelles Jean-François Nadeau
En 1921, la guerre n’étant encore qu’une blessure ouverte, Marc Bloch entreprend de comprendre un phénomène qui ne cesse de nous hanter : les fausses nouvelles. Comment des mensonges, même absurdes, peuvent-ils malgré tout être crus ? Comment des récits trompeurs parviennent-ils à circuler, à convaincre et à s’enraciner ? Un siècle plus tard, les questions de celui qui vient d’entrer au Panthéon demeurent les nôtres.
« Les fausses nouvelles ! Pendant quatre ans et plus, partout, dans tous les pays, au front comme à l’arrière », écrit Bloch, « on les vit naître et pulluler ; elles troublaient les esprits, tantôt surexcitant et tantôt abattant les courages : leur variété, leur bizarrerie, leur force étonnent encore quiconque sait se souvenir et se souvient d’avoir cru ».
Qu’est-ce qui est à l’origine, aujourd’hui, de la prolifération des fausses nouvelles à une telle échelle ? Les plateformes et les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans leur diffusion, sans que cela explique pourquoi tant de gens y croient.
À cet égard, un rapport de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation est presque passé sous les radars. Intitulé Quand la confiance recule, le doute progresse, il montre une forte progression de l’adhésion aux visions conspirationnistes. Selon l’étude, 18,8 % des Canadiens adhèrent de façon convaincue à une vision conspirationniste du monde, contre 11,7 % en 2021. À cela s’ajoutent 14,6 % d’indécis.
Près d’un Canadien sur trois considère les explications complotistes comme plausibles ou crédibles. Les croyances les plus répandues concernent les vaccins, le........
