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Accueillir toute la marmaille du monde

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10.03.2026

On ne pouvait accuser le socialiste Michel Rocard de manquer de compassion, lui qui avait consacré sa vie à améliorer le sort des Français les plus modestes. Premier ministre, il avait dû admettre que la réalité pouvait imposer des limites à la charité et avait déclaré que la France ne pouvait, en dernière analyse, « accueillir toute la misère du monde ».

La Cour suprême du Canada ne partage pas cet avis. Dans sa récente décision qui ordonne au Québec d’ouvrir les portes de ses centres de la petite enfance aux bambins des demandeurs d’asile, même si leur demande n’est pas encore jugée valable, même s’ils n’ont pas de permis de travail, elle indique finalement que le Québec a le devoir d’offrir des places à toute la marmaille du monde. Le fait qu’il n’y a pas suffisamment de places pour tout le monde déjà présent sur le territoire — malgré le fait que la Coalition avenir Québec a, dans les huit dernières années, créé chaque année plus de places que tous les gouvernements précédents — ne lui fait pas un pli sur la toge.

Les juges ne sont pas de vulgaires comptables. Ils n’ont pas, par principe, à se préoccuper des conséquences budgétaires de leurs décisions. Ils vivent dans un monde parallèle, le monde juridique, où des droits existent ou n’existent pas. Aux élus de se débrouiller ensuite avec l’intendance.

On pouvait cependant penser que des distinctions existaient entre, d’une part, les citoyens canadiens et les........

© Le Devoir