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La chute du mur néolibéral, l’annonce d’un retour au progrès pour l’administration publique?

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02.03.2026

L’espace toujours grandissant de l’entreprise privée dans les affaires de l’État semble avoir atteint sa limite. Externalisation aux firmes externes, partenariats public-privé (PPP), consultations stratégiques, études répétées et nomination de dirigeants vedettes n’ont pourtant pas rempli leurs promesses. Ce que les sciences de la gestion nous disent, c’est que, depuis Thatcher et le début d’une nouvelle ère en gestion publique, il n’y a toujours aucune preuve que le secteur privé obtiendrait de meilleurs résultats qu’une gestion interne de ses affaires par l’État. Il n’y a pas non plus de corrélation démontrée entre l’expérience de succès d’un dirigeant dans le monde des affaires et une meilleure performance à la direction d’un gouvernement ou des activités de l’État.

On s’est largement servi de la théorie des choix publics pour normaliser l’idée selon laquelle les élus, les gestionnaires et autres médecins de talent ne pourraient faire preuve d’abnégation pour le service public. Une idée véhiculée en prenant soin de réduire la notion portant sur l’intérêt personnel à sa seule dimension de gain économique. Comment se surprendre de la répétition de scandales liés à la corruption ou de dépassements de coûts autorisés, si les personnes en situation de pouvoir sont sélectionnées sur la base d’un intérêt historique démontré pour l’enrichissement personnel ?

On ne le répétera jamais assez, l’acquiescement du peuple à se voir dirigé par des personnalités connues du monde des affaires n’est fondé que sur l’échafaudage du mythe néolibéral.

Le Québec compte plus de 100 programmes de formation de deuxième cycle en administration publique et en science politique ; la connaissance est diffusée, les faits sont connus. Dès lors qu’il est prouvé que l’État est tout aussi performant pour les activités comme la gestion de projets, l’architecture, l’ingénierie de conception, le développement de logiciels, l’analyse et la prise de décisions stratégiques ou la réalisation d’études, alors cette obsession à vouloir réduire la taille de l’État n’est plus valide.

Par ailleurs, les disciples de l’économie de marché ne pourront qu’être d’accord : une fonction publique importante vient concurrencer le secteur privé sur le marché de l’emploi et, conséquemment, la fonction publique a l’effet d’améliorer les conditions de travail de la population générale. La sécurité d’emploi traditionnelle de la fonction publique aide à stabiliser l’économie en période de crise. En réduisant pour bon nombre de ménages l’exposition aux risques financiers, elle préserve un pouvoir d’achat soutenant les commerces lorsque l’économie va moins bien. Peut-être devrions-nous faire un peu plus attention à nos fonctionnaires.

Pour le secteur des TI seulement, le Québec dépense environ trois milliards de dollars par année. À partir de l’hypothèse d’un coût moyen par emploi de 150 000 $ par an, un budget de trois milliards permettrait de déployer un bureau de 18 000 employés, soit un effectif comparable à celui d’Ubisoft sur la planète. Un bureau capable de répondre à tous les besoins de l’État, optimisant le rendement pour les citoyens tout en pérennisant la propriété de notre intelligence et de nos technologies.

Une dépendance aux firmes externes s’est substituée à l’expertise publique. Une dépendance aujourd’hui si profonde qu’un modus operandi contractuel autorisant des dépassements de coûts vertigineux peut continuer à se répéter dans l’incompréhension généralisée. Thatcher est morte depuis maintenant 12 ans ; la muraille néolibérale, celle-là même qui a interrompu la Révolution tranquille, tangue tout autant que les murs en briques de nos hôpitaux.

Être lucide aujourd’hui, c’est peut-être prendre conscience qu’il faut redonner le contrôle de l’État à des personnes pour qui l’enrichissement individuel ne représente pas une valeur en soi.

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