De la normalité des insultes misogynes
La vidéo de la policière qui se fait copieusement insulter par un citoyen qu’elle arrête a abondamment circulé publiquement dans les derniers jours. Elle fait réagir par le caractère agressif, misogyne, continu et décomplexé des insanités qui sont proférées à son encontre. Que le Québec soit révolté est rassurant, et qu’il demande des actions pour empêcher ce type de comportement l’est tout autant.
C’est par contre la solution trouvée qui interpelle. Tous les jours, des femmes se font insulter dans l’exercice de leurs fonctions, et souvent par des propos liés à leur genre : menaces de viol, commentaires dégradants sur leurs corps et leur statut, etc. Dans le domaine des services sociaux, notamment, où une grande partie de la force vive est constituée de femmes, ces propos pleuvent au quotidien et les travailleuses doivent continuer leur prestation de service auprès de la clientèle. Elles peuvent, bien sûr, formuler une plainte, mais celle-ci doit alors suivre son cours et l’employée n’est pas relevée de son devoir d’aider l’usager qui l’insulte. Il lui faut alors faire preuve de patience et de professionnalisme et trouver d’autres stratégies pour apaiser la situation.
Pourquoi réagir autant lorsque cela arrive à une policière ? Comment se fait-il que ceux-là mêmes qui ont demandé illico un règlement pour criminaliser les insultes envers les forces de l’ordre ne s’insurgent pas depuis des années du traitement subi par toutes les autres femmes dans l’exercice de leurs fonctions, qui, elles, n’ont pas les moyens de simplement faire cesser la situation immédiatement en arrêtant le responsable ? La discussion sur la misogynie ordinaire, telle que celle publicisée dans la vidéo, doit être à large portée. Car elle se manifeste partout : un citoyen qui dit à une élue que les femmes n’ont pas leur place en politique, un usager des transports en commun qui qualifie une constable spéciale de « mal baisée » parce qu’elle lui rappelle un règlement, huit féminicides depuis le début de 2026 au Québec, etc. Cette impression de légitimité qu’ont ceux qui se permettent ces insultes vient de quelque part. Elle doit être attaquée de front, et par tous, pour voir éradiquer les gestes comme ceux qui, à juste titre, ont choqué le Québec dans cette vidéo.
