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Bâtir des écoles ou bâtir une société?

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14.04.2026

La prise de parole de Ricardo Larrivée et son documentaire sur l’état des écoles au Québec m’interpellent profondément. Comme architecte ayant eu la chance de diriger la conception de nouvelles écoles secondaires, je souhaite ajouter ma voix à cette réflexion collective pour contribuer concrètement à résoudre ce problème collectif.

Avant tout, ce constat fondamental : la qualité de nos écoles influe directement sur la réussite éducative. Tout comme l’architecture d’un hôpital influe sur le temps d’hospitalisation, l’espace dans lequel nos jeunes apprennent façonne leur attention, leur motivation, leur sentiment d’appartenance. L’architecture contribue à conditionner leur avenir et doit soutenir la passion du corps enseignant. Elle ne fait pas tout, mais elle peut tout amplifier.

Or, nous héritons d’un parc immobilier scolaire vieillissant, des établissements issus de la Révolution tranquille, parfois même d’avant, usés, souvent dépassés, qui exigent des investissements majeurs pour simplement demeurer fonctionnels.

Sur le plan budgétaire, compte tenu du retard d’investissement d’environ 25 milliards, il serait illusoire de croire que nous pourrons reconstruire l’ensemble de notre parc scolaire à neuf, et cette démarche serait difficilement justifiable d’un point de vue environnemental. Mais reconnaître ces limites ne doit pas devenir une excuse à l’immobilisme.

Ricardo Larrivée nous interpelle, et je me rallie à cet appel avec conviction. J’ai toujours cru que c’est dans la contrainte que la créativité s’exprime avec le plus de force. C’est pourquoi je nous invite, comme société, à marquer un temps d’arrêt pour revoir notre manière de concevoir l’école, avec lucidité autant qu’avec ambition. Innovons dans notre approche pour mieux la transformer, comme nous avons su le faire dans les années 1960. La Révolution tranquille a transformé notre système d’éducation. Refusons globalement aujourd’hui de rester passifs.

Et si l’on abordait véritablement chaque chantier de bâtiment scolaire en y voyant un véritable lieu de convergence communautaire ?

La bibliothèque de l’école peut aussi être celle du quartier, son centre sportif, celui de la ville, et sa cour, assumer son rôle de parc public. Une maison des jeunes, pourquoi pas, intégrée à même ses murs ? L’école doit devenir un lieu vivant du matin au soir au cœur des communautés. Un lieu d’apprentissage, de rassemblement, d’échange, où grandir ensemble.

La mutualisation des équipements municipaux, culturels et scolaires n’est pas une utopie ; voyons-y une réponse tangible, intelligente et économiquement responsable à nos défis actuels. Cessons de voir l’école comme un vase clos. Pensons-la comme un lieu d’échange, de transmission, de fierté collective. Un lieu ouvert, accessible, profondément démocratique : à l’image de la société québécoise.

Ayons aussi le courage de réviser certaines exigences dans le programme de nos écoles, non pas pour diminuer la qualité, mais pour aller à l’essence du lieu. Construire mieux, avec moins, privilégier le juste geste. Simplifier là où c’est possible. Investir là où cela compte réellement : dans les lieux d’apprentissage, dans la qualité de la lumière, dans le confort, dans la flexibilité des espaces, dans la cour.

Élevons nos ambitions en développement durable. Nous avons aujourd’hui la capacité de concevoir des écoles beaucoup plus performantes. Pour créer des lieux d’apprentissage plus sains, mais aussi plus écologiquement et économiquement viables à long terme, mobilisons les stratégies passives de ventilation, d’éclairage… Après tout, n’est-ce pas le patrimoine que nous léguons à nos jeunes ?

Rénover, transformer, optimiser ? Oui, certainement. Mais, surtout, imaginer autrement et avec les moyens réels dont nous disposons. En utilisant cette capacité que nous avons : celle de bâtir de grandes choses avec peu. Nous en avons hérité. À nous de l’exercer. Au fil des projets auxquels j’ai eu la chance de contribuer, j’ai côtoyé des acteurs de changement. J’ai échangé avec des élèves brillants. Et j’ai vu, concrètement, comment l’architecture peut participer à bâtir notre société.

Alors, oui. Soyons créatifs.

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