Féminicides : des solutions existent
Depuis le début de l’année 2026, neuf féminicides présumés ont été recensés au Québec. Neuf femmes ont été tuées dans un contexte conjugal. Oui, compter les féminicides est nécessaire. Mais compter ne protège pas. Combien de femmes devront encore mourir avant que le Québec agisse?
Ces drames choquent. Ils révoltent. Ils bouleversent. Mais ils ne devraient pas surprendre. Dans la plupart des cas, les signaux étaient déjà là. Certains impliqueraient un auteur connu du système. D’autres auraient eu lieu en contexte postséparation, une période pourtant reconnue comme étant à haut risque. Dans chaque cas, la violence conjugale semblait déjà exister. Ces féminicides présumés s’inscrivent dans une trajectoire de violence connue et documentée. Ils sont prévisibles, évitables, et pourtant, trop souvent ignorés.
Une crise qu’on ne peut plus ignorer
Les féminicides ne sont pas des événements isolés : ils sont l’acte ultime d’une domination conjugale, et l’issue la plus tragique d’un système qui, malgré de nombreux efforts, échoue encore à protéger les femmes au moment où elles en ont le plus besoin. Et ils ne représentent par ailleurs que la pointe de l’iceberg.
Derrière chaque femme tuée en contexte conjugal, il y a des violences qui ont commencé bien avant – un contrôle coercitif qui s’installe : propos sexistes, gestes de contrôle, premiers signaux trop souvent minimisés.
Derrière chaque femme en danger mais toujours en vie, il y a des demandes d’aide, des tentatives de fuir la violence, des efforts pour se protéger et protéger les enfants et, trop souvent encore, des portes fermées.
Des solutions avant qu’il ne soit trop tard
Les maisons d’hébergement de deuxième étape (MH2) interviennent à un moment critique dans la vie des femmes et des enfants, soit après une séparation. Elles offrent un hébergement sécuritaire à moyen terme et un accompagnement spécialisé, permettant aux femmes et à leurs enfants de stabiliser leur quotidien, de traverser les démarches juridiques et de reconstruire leur vie à l’abri de la violence. Ce travail est essentiel. C’est le nôtre. Et il sauve des vies.
Mais les MH2 interviennent en contexte de violence postséparation, souvent après des années de contrôle, d’isolement et de danger. Elles ne peuvent, à elles seules, pallier les manquements d’un système de prévention et de protection qui intervient encore trop peu, trop tard. Protéger les femmes exige une mobilisation beaucoup plus large. Cela demande que les institutions, les services publics, les milieux communautaires, et la société dans son ensemble, reconnaissent les signaux, les prennent au sérieux et interviennent avant qu’il ne soit trop tard.
Parce que non, la violence conjugale ne surgit pas de nulle part. Elle prend racine dans un climat où la haine envers les femmes gagne en visibilité, où les discours masculinistes, misogynes et les violences « ordinaires » sont encore trop souvent banalisés, voire tolérés. Fermer les yeux sur ces signes, c’est créer des conditions pour que la violence conjugale continue.
Un tournant politique décisif
Dans ce contexte, continuer à répondre à la violence conjugale uniquement par des mesures d’urgence ne suffit plus. Non, le gouvernement de la CAQ n’a pas rien fait. Les actions qu’il a posées au cours des dernières années étaient nécessaires, mais elles visaient en grande partie à rattraper des années de sous-financement et d’insuffisance de ressources disponibles. Le Québec ne peut plus se contenter de gérer la crise que nous traversons de manière réactive. La preuve : faute de places, des femmes ne peuvent toujours pas accéder à un hébergement.
Il y a cinq ans, le Québec déclarait l’état d’urgence face à la crise des féminicides. Cinq ans plus tard, presque jour pour jour, nous en sommes au neuvième féminicide présumé de l’année. La question n’est plus de savoir si la situation est grave, elle l’est, et elle a été nommée comme telle. La question est de savoir ce que nous avons fait et ce que nous continuerons de faire pour protéger les femmes et les enfants.
Lors de son assermentation, la nouvelle première ministre, Christine Fréchette, a rappelé que devenir première ministre représente « une responsabilité immense » et que l’égalité entre les femmes et les hommes est une valeur fondamentale et non négociable au Québec. Elle a aussi réitéré ses engagements en matière de violence conjugale. Ces engagements sont un bon point de départ. Ils doivent maintenant se traduire par des actions structurées, prévisibles et à la hauteur des besoins exprimés sur le terrain.
Le Québec sait quoi faire. Les besoins sont connus. Les solutions aussi. Reste à savoir si nous choisirons, collectivement, de nous donner les moyens de garder la dixième femme et toutes celles qui suivront en vie. Pour y arriver, l’Alliance des maisons d’hébergement de deuxième étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale est prête à collaborer dès maintenant.
