Notre regard est un champ de ruines
Nada Khedidem réfléchit à la censure la plus efficace, celle de l’indifférence à des situations humanitaires sur lesquelles se posent rarement les projecteurs.
Le 28 février 2026, une école de Minab, en Iran, a été bombardée. Cent soixante-huit personnes y sont mortes, dont une majorité d’enfants. Les autorités iraniennes ont montré les décombres aux journalistes convoqués, mais hors des sentiers balisés, l’accès était interdit, l’internet coupé¹.
À la même heure, ailleurs, les algorithmes montraient autre chose.
Cette asymétrie, cette mécanique qui décide pour nous de ce qui mérite d’être vu, devrait nous inquiéter. Car nos écrans ne sont pas des fenêtres sur le monde. Ce sont des projecteurs. Et tout projecteur, par nature, fabrique de l’ombre.
Pendant que nous regardions (avec raison) les écoles de Gaza se vider, pendant que nous comptions les morts de Nousseirat, de Jabaliya, de Rafah, ailleurs d’autres écoles brûlaient dans l’indifférence générale.
Le 11 mars, à Gaza, un immeuble a brûlé. Rien d’exceptionnel, diront certains. Mais celui-ci a embrasé, en tombant, des tentes de déplacés installées à côté. Quatre jours plus tard, une tempête de sable a recouvert la bande de Gaza.
Mercredi 8 avril 2026,........
