À l’occasion des 21e Rencontres de Chaminadour, les 17, 18 et 19 septembre, consacrées aux poètes Paul Celan et Mahmoud Darwich, l’écrivain Charif Majdalani montre l’irréductible richesse d’un dialogue littéraire et poétique entre le juif roumain de langue allemande et le Palestinien.
« La poésie est le lieu où se révèle ce qui parle la langue de l’humaine condition »
Le rôle de la poésie dans la vie des hommes d’aujourd’hui semble se rétrécir. La poésie est devenue une sorte de genre mineur, contrairement à ce qu’elle a été jusqu’au milieu du vingtième siècle. Pourtant, c’est en elle que fut toujours et que continue à être questionné notre être au monde.
C’est elle qui permet d’exprimer notre joie d’exister, de célébrer l’univers, mais aussi de dire nos angoisses face à la mort, notre déréliction et bien sûr notre rapport à l’histoire et à ses violences.
Sans avoir à se soucier de fables, de personnages, d’intrigues et de temporalité, c’est-à-dire tout ce que le roman ou le théâtre sont contraints d’utiliser, la poésie est ce qui permet d’extérioriser sans intermédiaire l’émotion devant la beauté ou l’horreur et l’effroi devant ce qui nous dépasse, nous accable et nous pose problème.
Elle est le langage dans lequel les hommes et les femmes, où qu’ils soient, et à n’importe quelle époque, disent les mêmes choses, dans un monde qui n’a jamais cessé d’être le même dans sa générosité ou dans sa dureté, et dans lequel la condition humaine, la joie de vivre et la confrontation à la mort sont semblables depuis la nuit des temps.
Il n’est pas d’exemple plus fort pour l’éprouver que la lecture de poètes que tout en apparence oppose, notamment parce qu’ils appartiennent à ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui des camps politiques opposés,........
