JO 2028 de Los Angeles : Trump a gagné, le CIO rétablit les tests de « féminité » et se transforme en « police du genre »
En vue des Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028, et malgré les avis scientifiques, le CIO a rétabli jeudi 26 mars les tests génétiques censés établir la « féminité ». Un bond en arrière de près de 30 ans visant à bannir les athlètes transgenres et une grande partie des athlètes intersexes. Et une victoire de Donald Trump dont les répercussions sur les droits fondamentaux se feront ressentir sur toutes les sportives.
Dans sa guerre pour imposer partout sa vision ultra-réactionnaire, Donald Trump vient de marquer un nouveau point. Son décret, signé dès son investiture, prétendant « restaurer la vérité biologique » selon laquelle il n’y aurait que « deux sexes : l’homme et la femme (…) qui ne sont pas modifiables et qui s’appuient sur une réalité fondamentale et incontestable », vient de connaître un prolongement au-delà même des frontières états-uniennes.
En vue des Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028, et malgré les avis scientifiques, le CIO a rétabli jeudi 26 mars les tests génétiques censés établir la « féminité ». Un bond en arrière de près de 30 ans visant à bannir les athlètes transgenres et une grande partie des athlètes intersexes.
Une discrimination anti-science
Une discrimination d’autant moins justifiée qu’il n’existe pas « de données scientifiques de qualité acceptable concernant un éventuel avantage de performance sportive » chez ces dernières, rappelait début mars le British Journal of Sports Medicine fustigeant un « anachronisme néfaste », déjà en vigueur dans plusieurs fédérations internationales.
Pourquoi les droits des personnes LGBT + ont-ils reculé dans plusieurs pays ?
« Les meilleures données disponibles montrent que les femmes transgenres qui reçoivent une hormonothérapie d’affirmation de genre ne présentent pas de différences significatives avec les femmes cisgenres en ce qui concerne les principaux indicateurs de performance tels que la masse musculaire, la force, la composition corporelle ou la capacité cardiorespiratoire, et qu’elles sont même désavantagées à bien des égards », abonde, dans le Guardian, Ada Cheung, professeure d’endocrinologie à l’Université de Melbourne
Le locataire de la Maison Blanche, lui applaudit des deux mains : « Cela se produit seulement grâce à mon puissant décret qui défend les femmes et les filles ! », s’est autofélicité jeudi le locataire de la Maison Blanche sur son réseau Truth Social.
« L’admissibilité à toute épreuve féminine des Jeux olympiques est désormais réservée aux personnes de sexe biologique féminin », non-porteuses du gène SRY, a détaillé l’instance olympique dans un communiqué, après un vote « unanime » de sa commission exécutive. Et gare à celles qui ne rentreraient pas dans les clous de ce test des plus controversés à propos duquel le scientifique australien, Andrew Sinclair, qui a découvert le fameux gène SRY en 1990, martèle lui-même que « la science ne corrobore pas cette affirmation trop simpliste ».
Le CIO transformé en « police du genre »
Les porteuses du fameux gènes ne pourront échapper à la règle dictée par un modèle hétéronormatif, bien décidé à définir ce qu’est être « une vraie femme », que celles qui pourront démontrer leur « insensibilité totale aux androgènes ». Et ce en se soumettant à des investigations coûteuses et complexes pour démontrer l’incapacité de leur corps à utiliser la testostérone. Il ne faudrait pas qu’une femme soit trop musclée, ça heurte les sensibilités masculinistes.
« Le sport cherche le hors norme et les caractéristiques exceptionnelles chez les hommes. Mais chez les femmes, ça dérange », résumait, dans Mediapart, la socio-historienne Anaïs Bohuon en pleine vague de harcèlement de la boxeuse algérienne Imane Khelif. La sportive porteuse du gène SRY ne perdra heureusement pas sa médaille d’or emportée aux JO de Paris, le CIO ayant tout de même précisé que la mesure serait « non rétroactive ». Mais quid des prochaines compétitions ?
Tests de « féminité » dans le sport : quand des instances, gouvernées par des hommes, se questionnent sur ce qu’est une « vraie » femme
« Rien ne prouve que le contrôle des corps des femmes et des enfants améliore l’équité ou l’égalité des genres ; au contraire, il détourne l’attention de problèmes réels tels que l’inégalité de financement, l’accès à la formation, les disparités salariales et les violences sexistes dans le sport », rappelle plus d’une centaine d’associations de défense des droits dans le sport dans un communiqué commun exhortant le CIO, qui « n’a pas le droit de devenir la « police du genre » du monde », à revenir sur sa décision. Et d’ajouter qu’en outre « ces dernières années, les règlements relatifs à l’admissibilité sportive ont ciblé les femmes de couleur originaires des pays du Sud, souvent sans preuve et sur la base de critères physiques » et que ces tests « continueront de nuire de manière disproportionnée à ces femmes et filles, déjà plus susceptibles de subir des discriminations et des obstacles à l’accès au sport ».
« Les politiques profondément discriminatoires – telles que les réglementations sur les tests de féminité – vont à l’encontre des engagements pris par le mouvement olympique en faveur de la dignité et de l’égalité pour tous », résumait déjà l’ONG Human Rights Watch à l’occasion d’une précédente offensive sur ce terrain.
Des tests interdits en France par les lois bioéthiques
Face à ce dispositif pourtant abandonné par le CIO en 1999 sous la pression de la communauté scientifique qui contestait déjà sa pertinence et de sa propre commission des athlètes, le comité olympique et sportif français (CNOSF), lui, reste prudent évoquant des tests qui « soulèvent des questions éthiques et scientifiques majeures pour l’ensemble des personnes concernées », sans compter les « difficultés pratiques » liées à leur interdiction en raison « des lois de bioéthique et du code civil ».
La ministre des Sports Marina Ferrari a annoncé vendredi que « la France prend acte », mais, a-t-elle ajouté, « au nom du gouvernement français, je tiens à exprimer notre grande préoccupation face à cette décision » qualifiée de « retour en arrière ». « Nous nous opposons, poursuit-elle, à une généralisation de tests génétiques qui soulève de nombreuses questions éthiques, juridiques et médicales, notamment au regard de la législation française en matière de bioéthique ».
Harcèlement transphobe d’Imane Khelif : l’influenceur d’extrême droite Papacito attendu au tribunal
La présidente du CIO Kirsty Coventry a déjà la parade : « Si c’est illégal dans un pays, les athlètes auront la possibilité de se faire tester quand ils voyageront pour d’autres compétitions ». « Le CIO sera présent quand une athlète recevra un diagnostic qui bouleversera sa vie, sans aucune raison médicale ou scientifique de le poser ? », s’interroge auprès de l’AFP Madeleine Pape, sociologue du sport à l’Université de Lausanne. Ça n’a pas l’air d’être son problème.
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