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Eric Maurin : « Malgré les risques de déclassement, la hausse du niveau moyen d'éducation améliore la situation collective des…

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06.09.2026

Edouard Geffray qui veut durcir les examens dans le secondaire, Gabriel Attal qui propose de « démassifier l’université », des établissements d’enseignement supérieur étranglés financièrement… Les signes se multiplient d’une remise en cause radicale, voire d’une inversion des ambitions de démocratisation et d’expansion qui ont transformé le système éducatif français ces dernières décennies. 

Derrière ces positions, un discours sceptique sur l’avenir de la jeunesse diplômée dans une époque marquée par le déclassement et, récemment, le développement de l’intelligence artificielle. Spécialiste des questions d’éducation, auteur notamment de l’ouvrage La nouvelle question scolaire. Les bénéfices de la démocratisation (Seuil, 2007), Eric Maurin a étudié plusieurs moments historiques de hausse – parfois brutale – du niveau de formation et leurs effets sur le destin des générations concernées. 

Ses conclusions sont sans ambages : la critique de la démocratisation scolaire a beau être presque aussi vieille que la démocratisation scolaire elle-même, on a toujours gagné collectivement à hausser le niveau moyen de formation, même si cela se paie au prix d’une relative dévaluation des diplômes. Explications.

Entendre des responsables politiques appeler explicitement à revenir sur la démocratisation scolaire et à réduire la durée des études, n’est-ce pas le signe d’une rupture dans l’histoire des politiques éducatives ?

Eric Maurin : Non, cela ne me semble pas vraiment nouveau ! En France, les politiques de démocratisation scolaire, au premier rang desquelles la politique du collège unique, n’ont presque jamais cessé d’être sous le feu des critiques. Ce n’est spécifique ni à une époque, ni même à notre pays. Y compris dans les pays scandinaves, aujourd’hui parmi les plus ouverts, la mise en place du collège unique a été longtemps contestée, avec des interrogations sur la pertinence de faire étudier des enfants plusieurs années de plus, plutôt que de les laisser commencer à travailler plus tôt.

On a toutefois connu quelques phases un peu plus consensuelles, notamment dans les années 1980, quand le chômage des jeunes non qualifiés a explosé. Un certain consensus s’est alors installé sur la nécessité de former davantage les générations nouvelles. C’est ainsi que la France a connu, du milieu des années 1980 au milieu des années 1990, une phase d’expansion scolaire massive, surtout portée par la gauche, mais aussi par la droite, avec notamment un élargissement de l’accès au lycée et aux filières courtes de l’enseignement supérieur, et de nombreuses créations d’IUT et de STS, par exemple. 

Ce mouvement a toutefois été stoppé net par la forte récession du début des années 1990 et l’apparition d’un chômage des diplômés. L’idée d’une sortie du chômage par le haut, par davantage de formation, s’est alors abimée et la démocratisation scolaire a de nouveau partout été remise en cause. 

Avec quels arguments ?

Je distinguerais les critiques de gauche et celles de droite. La vision de droite exprime généralement une hantise de la baisse de niveau : pousser une proportion accrue de la jeunesse à prolonger ses études conduirait à admettre à des échelons de formation toujours plus avancés des gens qui n’ont pas le niveau, et à une détérioration des conditions d’enseignement. 

A gauche, ce sont plutôt des visions malthusiennes qui s’expriment. L’emploi et les richesses sont perçus comme un gâteau à se partager, largement indépendant du niveau de formation de la population. Dans des périodes de croissance faible, la crainte apparaît que le gâteau ne soit pas assez gros pour tout le monde. Si vous formez davantage de gens dans ces périodes, pense-t-on, il n’y aura pas de part de gâteau – autrement dit d’emplois qualifiés – pour tous ces nouveaux diplômés, ce qui va entraîner une dévalorisation des diplômes et une hausse du déclassement. Autrement dit : plus de diplômés, mais pas davantage d’emplois pour eux.

Les emplois qui se recréent ne sont pas les mêmes si les générations qui arrivent sur le marché du travail sont globalement plus qualifiées que celles qui les ont précédées

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Que peut-on répondre aux uns et aux autres ?

S’agissant de la critique de droite, le point crucial est qu’une baisse du........

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