Les collectivités locales ont-elles trop recruté ?
140 000. C’est le nombre d’emplois de fonctionnaires territoriaux que la Cour des comptes a récemment suggéré de supprimer pour faire des économies budgétaires.
Régions, départements, communautés de communes, communes, syndicats de gestion de déchets, d’eau, de transports, services départementaux d’incendies et de secours… Selon les magistrats de la rue Cambon, les 40 000 structures employeuses de fonctionnaires et de contractuels locaux doivent fermer le robinet des embauches.
En creux, cette recommandation rejoint une position tenue par de nombreux libéraux : les collectivités locales auraient trop recruté sur fond de gaspillage lié au millefeuille territorial. Est-ce vraiment le cas ?
Disons-le d’emblée, répondre de façon tranchée est impossible, et ce pour trois raisons. La première vient du fait que les comparaisons internationales sont largement inopérantes, car le partage des rôles et l’émiettement administratif varient beaucoup d’un pays à l’autre.
Deuxième raison, l’enchevêtrement des compétences et des financements entre Etat et collectivités est tel qu’il est difficile de pointer précisément le rôle des uns et des autres dans l’évolution des effectifs. Enfin, le périmètre des collectivités locales a beaucoup changé ces dernières années.
Evolutions disparates
Ces précautions étant posées, on peut tout de même éclairer la question. Commençons par le diagnostic chiffré. Depuis les premiers grands textes de décentralisation (1982-1986), les collectivités locales ont récupéré de nombreuses compétences et se sont beaucoup étoffées, au point qu’elles embauchaient, à la toute fin 2024, un peu plus de 2 millions de personnes (sur les 5,8 millions d’emplois publics totaux).
Après de grandes vagues d’embauches, notamment dans la décennie 2000-2010, le mouvement a ralenti. Mais entre 2014 et 2024, le nombre d’agents de la fonction publique territoriale a encore progressé de 4 %, soit davantage que la population française (........
