Marie-Hélène Bacqué : « Une partie de l’élite sociale et politique ne supporte pas la présence d’élus racisés »
Ce 15 mars, Bally Bagayoko (La France insoumise) a été élu maire de Saint-Denis au premier tour des élections municipales, et cette élection n’est passée inaperçue. Sur la chaîne du groupe Bolloré, CNews, des propos infamants ont été tenus évoquant « la famille des grands singes » et lui imputant une attitude de « mâle dominant ». A la suite de ces deux séquences, une enquête judiciaire pour « injure à caractère raciste » a été ouverte par le parquet de Paris.
Interpellé à l’Assemblée nationale sur le sujet le 7 avril, le Premier ministre Sébastien Lecornu a accusé LFI de « jouer de l’ambiguïté » dans la lutte contre les discriminations. Un certain nombre de commentateurs semblent découvrir la présence d’élus racisés dans les mairies, notamment celles des banlieues populaires comme la Seine-Saint-Denis. Ils sont pourtant là depuis longtemps, ont fait carrière dans ou hors des partis, ont acquis une légitimité par leur engagement associatif… et se sont souvent éloignés, par leur profession, des classes populaires pourtant majoritaires dans le département (53 % de la population active).
Restituer la pluralité de ces trajectoires, ce dont elles sont porteuses et les difficultés qu’elles n’ont pas encore permis de surmonter, tel est l’objet de l’ouvrage collectif dirigé par Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin, Elus des banlieues populaires (PUF, 2026). La première nous livre son analyse.
Les élus racisés ont fait l’objet d’attaques racistes très violentes depuis leur élection. Comment l’analysez-vous ?
Marie-Hélène Bacqué : Je suis à la fois étonnée et pas si étonnée. Etonnée du niveau de violence, de sa persistance et des faibles réactions politiques…
Ce 15 mars, Bally Bagayoko (La France insoumise) a été élu maire de Saint-Denis au premier tour des élections municipales, et cette élection n’est passée inaperçue. Sur la chaîne du groupe Bolloré, CNews, des propos infamants ont été tenus évoquant « la famille des grands singes » et lui imputant une attitude de « mâle dominant ». A la suite de ces deux séquences, une enquête judiciaire pour « injure à caractère raciste » a été ouverte par le parquet de Paris.
Interpellé à l’Assemblée nationale sur le sujet le 7 avril, le Premier ministre Sébastien Lecornu a accusé LFI de « jouer de l’ambiguïté » dans la lutte contre les discriminations. Un certain nombre de commentateurs semblent découvrir la présence d’élus racisés dans les mairies, notamment celles des banlieues populaires comme la Seine-Saint-Denis. Ils sont pourtant là depuis longtemps, ont fait carrière dans ou hors des partis, ont acquis une légitimité par leur engagement associatif… et se sont souvent éloignés, par leur profession, des classes populaires pourtant majoritaires dans le département (53 % de la population active).
Restituer la pluralité de ces trajectoires, ce dont elles sont porteuses et les difficultés qu’elles n’ont pas encore permis de surmonter, tel est l’objet de l’ouvrage collectif dirigé par Marie-Hélène Bacqué et Jeanne Demoulin, Elus des banlieues populaires (PUF, 2026). La première nous livre son analyse.
Les élus racisés ont fait l’objet d’attaques racistes très violentes depuis leur élection. Comment l’analysez-vous ?
Marie-Hélène Bacqué : Je suis à la fois étonnée et pas si étonnée. Etonnée du niveau de violence, de sa persistance et des faibles réactions politiques. Ces propos racistes et disqualifiants sont tenus dans la presse d’extrême droite, mais ils sont aussi diffusés plus largement, et ce en toute impunité. D’un autre côté, dans le contexte de montée de l’extrême........
