menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Jeanne Guien : « Contre l'obsolescence, on incite les consommateurs à bien acheter, pas les producteurs à bien fabriquer »

22 0
13.08.2026

Comment s’émanciper de la surconsommation ? Pour répondre à cette question, dans son ouvrage Le désir de nouveautés. L’obsolescence au cœur du capitalisme (XVe-XXIe siècle) (La Découverte, 2025), Jeanne Guien analyse le capitalisme au prisme de l’obsolescence, en étudiant la multiplicité des stratégies de renouvellement des produits qu’il met en place.

La philosophe retrace l’histoire de la mode, des produits jetables, de la mécanisation, et critique l’insuffisance de la portée de la loi sur l’obsolescence programmée de 2015. L’obsolescence, c’est une stratégie économique et une manière de produire, rappelle-t-elle. Pour sortir de la surconsommation, elle milite pour plus de services publics tout en préconisant d’organiser la subsistance à l’échelle communautaire.

Vous pensez que le capitalisme est intrinsèquement fondé sur l’obsolescence des produits. Pourquoi ?

Jeanne Guien : Le capitalisme se développe avec l’essor de l’obsolescence des produits pendant toutes les périodes que j’ai étudiées : commerce colonial, révolution industrielle, Trente Glorieuses et aujourd’hui. Les transformations du commerce demeurent en effet marquées par une suroffre et des stratégies de renouvellement des produits, que ce soit dans le design, la publicité, l’ingénierie de production ou la mode. A chaque fois, il s’agit d’écouler une production ou une importation massive.

Dans votre dernier livre, vous questionnez la notion de saisonnalité des vêtements. Pouvez-vous revenir là-dessus ?

La saisonnalité n’est pas inhérente au fait de s’habiller. On nous oppose souvent l’idée que les gens changent de vêtements parce que la température et le climat changent. Mais ce n’est qu’une manière de naturaliser l’obsolescence ! En étudiant l’histoire du vêtement, on observe que sa saisonnalité est très récente dans le cas de la France.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, elle concerne principalement les riches, car les pauvres n’ont pas les moyens d’avoir une garde-robe d’été et une garde-robe d’hiver. Il s’agit déjà une saisonnalité plus sociale que climatique, à cette époque : les robes très décolletées sont portées en hiver parce que c’est la saison des bals. Ainsi, les saisons sont plus ou moins longues selon les époques, et aujourd’hui, il y a de nouvelles collections constamment, toutes les trois semaines pour certains magasins de fast fashion. La saisonnalité de la mode est une construction rhétorique.

Vous faites aussi l’histoire des produits jetables… 

Il est important de parler des produits jetables quand on parle de l’obsolescence parce que généralement, on a de cette dernière une définition très restrictive, qui, depuis les années 2010 et 2020, se limite à l’obsolescence programmée vue comme vice caché et tromperie. Ce phénomène existe, il faut l’identifier et le condamner, mais c’est l’arbre qui cache la forêt puisque l’obsolescence concerne toutes sortes de produits, pas uniquement les appareils complexes. 

Et contrairement à ce que l’on pense souvent, elle n’est pas........

© Alternatives Économiques