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Les 13 romans qu'Alter Eco vous conseille d'emporter en vacances

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05.07.2026

Tout au long de l’année, nous recensons les romans à teneur économique et sociale. Voici une sélection de ceux qu’on a retenus au cours des six derniers mois, complétée par d’autres coups de cœur. 

1/ La saga d’une cafetière

Si vous êtes amateur de café italien, vous connaissez sûrement cette petite cafetière originale, la Moka Express, très ingénieuse, vendue à des dizaines de millions d’exemplaires dans le monde. Comment est née cette innovation ? Comment a-t-elle conquis la planète ? La fille du fondateur, née en 1945, a rassemblé souvenirs et documents pour les confier au jeune romancier Alessandro Barbaglia, qui nous raconte avec empathie l’histoire de cette famille.

Il y a Alfonso, le père, qui ramène d’un travail à Paris une technique de moulage dont il se sert pour fabriquer fourchettes, casseroles, hélices, etc. C’est un bon ouvrier et son atelier grandit… jusqu’à la faillite. Mais il repart à l’ouvrage et invente sa cafetière révolutionnaire en regardant fonctionner la lessiveuse de sa femme !

On est au début des années 1930, et il est simplement content de son invention. Il faudra attendre les années 1950 pour que son fils, Renato, bouscule la tradition familiale pour s’endetter, bâtir une usine moderne, créer une marque, utiliser massivement la publicité. Il fait de sa cafetière un produit mondialisé et devient lui-même l’archétype du capitaliste ultrariche, antisyndical, à la fortune ostentatoire. Jusqu’à son retrait soudain à l’âge de 52 ans, il y a un demi-siècle.

L’entreprise a continué sa route avant de connaître des difficultés et d’être rachetée, l’an dernier, par le fonds luxembourgeois d’une famille chinoise de Hong Kong. Les personnages sont touchants, le récit est bien mené, la dimension économique est présente sans être pesante. C’est un beau roman, c’est une belle histoire. ► Christian Chavagneux

La romanesque histoire d’une cafetière nommée Moka, par Celestina Bialetti et Alessandro Barbaglia, Liana Levi, 2026, 282 p., 20 €.

La romanesque histoire d’une cafetière nommée Moka, par Celestina Bialetti et Alessandro Barbaglia, Liana Levi, 2026, 282 p., 20 €.

2/ Aux origines de Gibert

C’est l’histoire d’un petit gars d’Auvergne qui habite la ferme familiale à la montagne et se forme largement en autodidacte, toujours le nez dans un livre – au point que son père l’a baptisé « broute-papier » ! Une cousine lui offre le premier volume des Misérables de Victor Hugo, qui vient de paraître. Cela scelle son destin : le jeune Joseph Gibert sera un amoureux des livres. On suit avec passion le parcours de vie de ce provincial débarqué à Paris en 1886 pour devenir bouquiniste, bien secondé et poussé par sa femme, et qui finit par ouvrir sa librairie sur le quai Saint-Michel – d’abord destinée, tout comme sa caisse de bouquiniste, aux livres scolaires d’occasion. De nombreuses générations (j’en suis !) iront chercher et vendre leurs livres de classe « chez Gibert ».

On plonge ensuite dans les tribulations de la deuxième génération, celle de ses fils. Ils ne s’entendent pas très bien, ces deux-là, alors il y aura finalement deux librairies, Joseph Gibert et Gibert Jeune. Chacun sa vie : Joseph fils dans les pas du père ; Régis, plus bibliophile, qui a hérité du fameux volume des Misérables. Les deux frères se concurrencent, s’épient et se copient, mais il y a de la place pour tout le monde. La marque devient une institution, à Paris puis en province.

Les deux frères finiront par se rapprocher, et la troisième génération prendra la relève. Entre enfants et gendres, on s’y perd un peu, mais l’histoire continue. Les deux librairies finiront par être réunies avant que l’enseigne ne connaisse aujourd’hui de gros problèmes. Au fait, qu’est devenue l’édition originale des Misérables ? Vous le saurez à la fin du livre… ► Ch. Ch.

Les passeurs d’histoires, par Françoise Kerymer, Buchet-Chastel, 2026, 587 p., 26 €.

Les passeurs d’histoires, par Françoise Kerymer, Buchet-Chastel, 2026, 587 p., 26 €.

3/ Russel Banks dans la tête des trumpistes

Dans cette œuvre posthume du grand romancier américain Russell Banks, trois nouvelles très noires se succèdent pour décrire, chacune à sa façon, ce qui se passe dans la tête de l’électorat populaire de Donald Trump. Un narrateur qui s’exprime à la première personne est de plus en plus présent au fil des pages et raconte l’histoire du village imaginaire de Sam Dent, où se situe l’action.

Une histoire marquée par la guerre d’indépendance de 1780, par des malversations, des vols, par l’égoïsme et la cupidité. Et pourtant, ils sont attachants, ces trumpistes ! 

Dans « L’homme de nulle part », Doug ne se remet pas d’avoir dû céder ses terres à son voisin Zingerman et de ne plus avoir la possibilité d’y chasser. Mais il avait un emprunt à payer pour sa maison. Il aurait pu prendre un travail de nuit dans un hôtel ou un « boulot d’usine », sa femme et lui auraient aussi pu louer un appartement en ville. « Cela leur aurait permis d’économiser suffisamment pour s’offrir une assurance santé », écrit l’auteur. Mais il ne l’a pas fait. Doug est quelqu’un d’accommodant, de doux, qui « ne cherche pas la confrontation »… Mais se trouve inévitablement pris dans le cycle tragique de la violence.

Quant à Barbara, dans « L’école à la maison », elle est légèrement fascinée par ce couple de femmes qui habite à côté de chez elle et leurs quatre enfants noirs adoptés qui suivent l’instruction à domicile. Elles ne mangent pas de viande et, même si Barbara n’est pas certaine de la différence entre les végans et les végétariens, « secrètement », elle les admire car ils ne sont jamais gros. 

Pourquoi a-t-elle voté Trump ? Parce qu’elle était « contre la guerre et la criminalité ». Son mari Kenneth, de son côté, « prétendait voter pour l’économie, ce qui signifiait approuver les mesures et les programmes que, croyait-il, soutenaient les riches ». 

C’est un couple tout ce qui a de plus traditionnel : elle se charge de la vaisselle, il fait la lecture aux enfants ; elle plante les fleurs et les arbustes, il tond la pelouse ; elle est femme au foyer, il gagne de l’argent. Ce n’est que peu à peu qu’ils comprennent que ce qui se passe chez leurs voisines n’est pas normal… Sans parvenir à empêcher le drame. 

Même mécanique dans « Kidnapping » qui clôt ce recueil magnifique, et où Bessie et Franck se font enlever par des hommes que Franck juge pourtant « trop bêtes pour être dangereux » … ► Naïri Nahapétian

American Spirits, par Russell Banks, Actes Sud, 2026, 254 p., 22,80 €.

American Spirits, par Russell Banks, Actes Sud, 2026, 254 p.,........

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