L'intelligence artificielle va détruire des emplois... mais en créera-t-elle ailleurs ?
D’un côté, des projections apocalyptiques annoncent jusqu’à un tiers des emplois menacés par l’intelligence artificielle (IA). De l’autre, des économistes avancent qu’une véritable destruction créatrice sera à l’œuvre et recréera plus d’activité qu’elle n’en détruit. Difficile d’y voir clair, au vu de la rapidité de la diffusion du phénomène.
De nombreux travaux ont toutefois tenté d’estimer les effets de l’IA sur l’emploi. Pour ce faire, les économistes décomposent les métiers en plusieurs tâches. Plus une profession comporte une part importante de tâches substituables par un système d’IA, plus le nombre d’emplois potentiellement menacés est important. Une étude de l’économiste Antonin Bergeaud fait ainsi ressortir les professions les plus exposées : comptables, télévendeurs, secrétaires, cadres de banque ou de la communication, etc.
De son côté, la direction générale du Trésor a synthétisé dans une note récente la littérature économique sur le sujet : une étude d’« OpenAI estime que 18 % des emplois aux Etats-Unis présentent un risque élevé d’automatisation, 24 % verront leur composition en tâches se modifier sensiblement. […] En France, Arquié et al. (2026) suggèrent que 3,8 % du contenu du travail est actuellement à risque d’automatisation par l’IA générative, puis jusqu’à 16,3 % d’ici deux à cinq ans, sous l’effet de la progression des capacités de l’IA. »
Bilan : si la plupart des études font émerger des secteurs bien plus exposés que d’autres, comme la finance, l’informatique ou l’édition, les estimations varient selon les hypothèses retenues, les bases de données utilisées et la granularité des tâches étudiées. En bref, aucune certitude ne se dégage, d’autant que l’IA, comme toute technologie, n’est pas déterministe : le futur n’est jamais écrit, mais sera le fruit de multiples rapports de force et contextes locaux.
L’IA freine l’embauche des jeunes
Au-delà des projections, voit-on déjà poindre les grands plans sociaux dus à l’IA ? Pour le moment, on observe un ralentissement des embauches plutôt qu’une hausse des licenciements. L’enquête annuelle sur l’insertion des étudiants des grandes écoles, qui réunit plus de 200 établissements essentiellement d’ingénieurs et de commerce avec environ 80 000 diplômés chaque année, révèle une hausse des difficultés d’insertion. La part de ces jeunes toujours en recherche d’emploi six mois après leur diplôme augmente depuis trois ans, pour atteindre 20,5 %, un niveau inégalé depuis plus de vingt ans.
Une récente étude de la Banque de France confirme cette tendance : « Depuis fin 2022, les embauches en CDI des jeunes ont davantage reculé dans les métiers dont les tâches peuvent le plus facilement être réalisées ou assistées par l’IA générative. »
Qu’en est-il de la branche professionnelle aux avant-postes des effets de l’IA, à savoir l’informatique, qui regroupe 3 % de l’emploi privé en France ? L’emploi y diminue depuis 2023. Pourtant l’activité, mesurée par la valeur ajoutée, continue, elle, de progresser. Une progression essentiellement due à une réduction des embauches, précise l’Insee : « Entre le quatrième trimestre 2023 et le quatrième trimestre 2025, l’emploi s’est contracté de 3 % dans l’information-communication, une baisse entièrement portée par les jeunes (hors alternants) ».
Les retours d’expérience des Etats-Unis sont instructifs, car le processus de diffusion de l’IA y est plus avancé. « Dans les secteurs les plus exposés, comme le droit, l’audit, l’informatique........
