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John Maynard Keynes, un libre panseur du capitalisme

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16.07.2026

« L’expert en économie doit posséder une combinaison peu courante de dons […]. Il doit être mathématicien, historien, homme d’Etat, philosophe […]. Rien de la nature de l’homme ou de ses institutions ne doit échapper à son attention. Il doit être simultanément résolu et désintéressé ; aussi distant et incorruptible qu’un artiste, quoique parfois aussi terre à terre qu’un politicien. » 

Dans cette notice biographique de son maître Alfred Marshall, rédigée après sa disparition en 1924, John Maynard Keynes dresse en fait son propre éloge. L’humilité n’était pas, loin de là, sa principale qualité. Mais force est de constater qu’il s’est employé, tout au long de son existence, à correspondre à ce portrait de l’économiste en honnête homme.

Paradoxalement, celui qui lui ressemblait le plus en cela était peut-être Karl Marx, mort l’année même de sa naissance, 1883, mais auquel il vouait un profond mépris. Peut-être est-ce parce que, parmi les traités d’économie, seul Le capital a eu davantage d’influence que La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), son œuvre majeure. Ou parce que le barbu de Trèves lui tendait un miroir déplaisant : un peu brouillon, révolté par l’injustice sociale et peu respectueux des frontières disciplinaires, comme de celle qui séparerait science et politique. Ironique pour celui dont le père, John Neville, est connu pour sa distinction entre « économie positive » et « économie normative ».

Quoi qu’il en soit, Keynes avait clairement choisi son camp, celui du Parti libéral britannique de son époque, qui se veut, déjà, une troisième voie entre conservateurs et travaillistes. « La guerre des classes me trouvera toujours du côté de la bourgeoisie cultivée », déclare-t-il ainsi sans ambages. Cela ne l’empêchait pas pour autant de condamner dans la même conférence la « décadence intellectuelle du capitalisme individualiste », dont les germes résideraient selon lui dans le « principe héréditaire ». 

Une leçon toujours d’actualité à l’heure où l’héritage – qui s’oppose pourtant frontalement à l’idéal méritocratique dominant – semble plébiscité, y compris par ceux, les plus nombreux, qui en sortent perdants. Et où l’on assiste ainsi au retour des rentiers que Keynes appelait par une formule provocante à « euthanasier ».

Un héritier anticonformiste

Pas à l’abri d’une contradiction, Keynes était pourtant un pur produit de la reproduction sociale : fils d’un universitaire et d’une femme politique de Cambridge, où il a lui-même effectué l’essentiel de sa carrière, et partisan de l’eugénisme, il n’en était pas moins animé par un souci constant pour la justice sociale et un certain anticonformisme, cultivé notamment au sein du groupe de Bloomsbury, collectif informel de jeunes gens bien nés mais opposés aux valeurs patriarcales traditionnelles. 

C’est du groupe de Bloomsbury que le jeune Keynes fourbit ses armes de polémiste hors pair

Une sorte de communauté de soixante-huitards avant l’heure à laquelle appartenait entre autres l’écrivaine Virginia Woolf. C’est en son sein que le jeune Keynes fourbit ses armes de polémiste hors pair, expérimente la bisexualité, découvre la psychanalyse freudienne et entretient un goût prononcé pour les arts, qu’il va promouvoir activement tout au long de sa vie.

Sa première formation est celle de mathématicien, ce qui va l’amener à rédiger un Traité sur les probabilités publié tardivement en 1921. Il s’y oppose fermement à la « charlatanerie mathématique » consistant à traiter statistiquement les décisions et préférences individuelles, à commencer par l’utilité chère aux néoclassiques. Le futur se traduit ainsi par son incertitude qui n’est pas probabilisable. Et tout au long de ses travaux postérieurs, Keynes va se méfier de la formalisation mathématique en économie pour se concentrer sur le réalisme des hypothèses et la rigueur logique des théories.

Un agent multipositionné

Parfaite incarnation de........

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