menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Ernest Mercier, le fondateur de l'ancêtre de Total qui admirait Mussolini

36 0
29.07.2026

Au début du mois d’avril 1927, une petite foule se presse à la Société des Ingénieurs civils, rue Blanche dans le IXe arrondissement de Paris.

L’assistance, venue assister au 1er congrès du « Redressement français », comprend des personnalités prestigieuses : le maréchal Foch, vainqueur de novembre 1918, le maréchal Lyautey, ex-résident général de la France au Maroc, royaliste affirmé, et une flopée de chefs d’entreprise, dont le vice-amiral Lacaze, vice-président des Messageries maritimes, Louis de Vogüé, de la Compagnie du canal de Suez, Henri de Peyerimhoff, du Comité central des Houillères, mais aussi Arthur Fontaine, président du tout neuf Bureau international du travail (BIT) ou Louis Lépine, ex-préfet de police bien connu.

On remarque aussi la présence d’André Tardieu, ministre des Travaux publics, ou celle du directeur de cabinet du président du Conseil Raymond Poincaré, tous deux de la droite affirmée. Ferdinand Foch fait une allocution, appelle à retrouver « l’esprit des tranchées » ; « à l’union de toutes les classes (…) pour hâter le redressement du pays ».

Un juriste nommé Raphaël Alibert expose les vertus du corporatisme et de l’association de l’Etat et du monde des affaires, afin de réduire les pouvoirs des députés soumis aux aléas du suffrage universel (masculin). Le parlementarisme est donc l’obstacle à supprimer. 

Un homme, « grand, élancé, la tête grisonnante, aux traits puissants, volontaires et inquiets » selon une journaliste du Petit Journal, est au centre de toutes les attentions : Ernest Mercier, fondateur et président du Redressement français. 

Polytechnicien, ingénieur du Génie maritime, spécialiste de l’organisation industrielle, il exerce ses talents dans les deux plus modernes des secteurs du capitalisme français : directeur général de la Générale des Eaux, il est à la tête du réseau, privé à l’époque, de distribution de la région parisienne, le plus gros de France, et sera bientôt PDG d’Alsthom (matériel électrique) ; et le pétrole, car il est à l’origine de la création de la Compagnie française des pétroles (CFP), l’ancêtre de Total. Il cumule les fonctions et les jetons de présence dans près de 50 conseils d’administration.

Au début des années 1920, Mercier est revenu d’un voyage d’étude aux Etats-Unis, notamment dans les usines Ford, où il a été séduit par l’organisation scientifique du travail. Il voit dans le taylorisme la clé pour sortir la France de son archaïsme économique, durement révélé pendant la Grande Guerre, de........

© Alternatives Économiques