SEB acte le déplacement de son centre de gravité en Chine
SEB a beau sortir régulièrement de nouveaux appareils de cuisine, le groupe cherche aujourd’hui à changer la recette de son modèle. En février dernier, le leader mondial du petit électroménager (PEM), détenteur des marques Tefal, Moulinex ou encore Krups, a annoncé le lancement d’un plan « Rebond » visant à « retrouver une trajectoire de croissance rentable ».
Pour y parvenir, SEB mise à la fois sur des investissements dans l’innovation et le marketing, en utilisant l’intelligence artificielle (IA) à son « plein potentiel », et sur un programme de réduction de coûts de 200 millions d’euros d’ici fin 2027. Le plan prévoit la suppression de 2 100 postes dans le monde, dont 1 400 en Europe et 500 en France (soit près de 8 % des effectifs nationaux).
Contrairement à l’Allemagne, où des sites industriels seront fermés, ce sont les fonctions supports, la recherche et développement (R&D) et l’informatique qui seront touchées en priorité dans l’Hexagone. Parallèlement, le groupe accélère son implantation en Chine, avec l’ouverture d’un nouveau centre de recherche.
De quoi se demander si les difficultés traversées par SEB justifient réellement ces suppressions de postes, ou si elles servent surtout à accompagner un désengagement progressif de France et d’Europe.
Multinationale chinoise
Le développement des activités de SEB hors d’Europe n’est pas nouveau. Si l’entreprise fondée en 1857 près de Dijon connaît son premier grand succès national avec la cocotte-minute dans les années 1950, le groupe comprend rapidement que sa croissance passera par l’international.
Une stratégie s’impose : racheter ses concurrents. D’abord en France, avec Tefal en 1968 puis Calor en 1972. Puis à l’étranger, avec le leader brésilien du PEM Arno en 1997, ou WMF en 2016, fabricant allemand des juteuses machines à café Krups.
Le virage le plus structurant intervient en 2006, lorsque le groupe prend le contrôle du chinois Supor à travers une joint-venture, qu’il détient désormais à 84 %. Producteur d’un autocuiseur de riz star, Supor ouvre à SEB les portes d’un immense marché en plein essor.
Entre 2008 et 2025, la part des ventes réalisées en Asie-Pacifique est ainsi passée de 7 % à 33 %, tandis que celles enregistrées en France ont chuté de 23 % à 13 %.
Mais SEB n’a pas uniquement misé sur la Chine comme débouché commercial : le groupe y a délocalisé aussi une partie de sa production. Début 2006, l’entreprise annonce la fermeture de trois usines en France, avec une suppression de 890 emplois.
« Dans une économie mondialisée où le coût horaire d’un ouvrier est au moins vingt fois inférieur en Chine qu’en Europe, les délocalisations deviennent un choix logique et naturel », précisait alors le groupe.
« Dans une économie mondialisée où le coût horaire d’un ouvrier est au moins vingt fois inférieur en Chine qu’en Europe, les délocalisations deviennent un choix logique et naturel », précisait alors le groupe.
Seuls les biens haut de gamme, comme les fers à repasser, les articles culinaires antiadhésifs ou les aspirateurs, continueront d’être produits dans l’Hexagone.
Aujourd’hui, même si 28 des 47 sites du groupe restent situés en Europe (dont 17 en France), le Vieux Continent représente moins d’un quart de la production de SEB, contre près de la moitié il y a vingt ans, et 80 % en 1996.
A l’inverse, un tiers des produits commercialisés sont désormais........
