Enquête sur Gilbert Cette : comment un économiste libéral a mis la main sur le Conseil d’orientation des retraites
Le rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites sera publié le 11 juin. L’instance traverse une période de turbulences depuis que l’économiste proche d’Emmanuel Macron, Gilbert Cette, en a pris les rênes.
Cela fera bientôt trois ans que Gilbert Cette préside le Conseil d’orientation des retraites (COR) – et trois fois qu’il présente son rapport annuel sur les évolutions et perspectives du système des retraites en France.
Le rendez-vous, déjà incontournable, sera encore plus scruté cette année. À moins d'un an de la présidentielle, l'édition 2026, attendue pour le 11 juin, servira de munitions aux partisans et adversaires de l'allongement de la durée du travail.
Traditionnellement, ce document de plusieurs centaines de pages propose…
Cela fera bientôt trois ans que Gilbert Cette préside le Conseil d’orientation des retraites (COR) – et trois fois qu’il présente son rapport annuel sur les évolutions et perspectives du système des retraites en France.
Le rendez-vous, déjà incontournable, sera encore plus scruté cette année. À moins d’un an de la présidentielle, l’édition 2026, attendue pour le 11 juin, servira de munitions aux partisans et adversaires de l’allongement de la durée du travail.
Traditionnellement, ce document de plusieurs centaines de pages propose des simulations sur les dépenses, les ressources et le solde de notre système de retraites, à travers plusieurs scénarios bâtis sur des variables socio-économiques : productivité, croissance, fécondité, chômage, solde migratoire, espérance de vie. Des projections sur le niveau de vie et l’âge de départ des retraités y figurent également.
Alimenté par les données des régimes et gestionnaires (Agirc-Arrco, Cnav, Ircantec, CNRACL…) et des administrations (Dares, Insee, Drees, Direction générale du Trésor…), le rapport est discuté avant publication par les 42 membres du COR : partenaires sociaux, parlementaires, représentants des administrations et personnalités qualifiées.
En un peu plus d’une décennie, il est devenu la référence sur les retraites – et ce, toutes sensibilités politiques confondues, grâce à la pluralité des scénarios présentés et à la neutralité que le président de l’institution se doit de garantir. Économistes, politiques, journalistes : il y en avait pour tout le monde.
Sauf que ça, c’était avant. Depuis l’arrivée de Gilbert Cette aux commandes, ce lieu d’expertise et de diagnostic a pris une dimension résolument politique.
Proche d’Emmanuel Macron
Moins de bébés : est-ce si grave ?
Les retraites sont devenues l’alpha et l’oméga de la politique macroniste. En janvier 2023, la Première ministre Élisabeth Borne annonce le report de l’âge de départ à 64 ans, contre 62 auparavant, et l’accélération de la durée de cotisation requise pour une pension complète (43 annuités). Dans les rues, l’opposition est massive. Mais le gouvernement s’entête : il faut travailler plus longtemps, la survie du système en dépendrait.
Interrogé sur le sujet, Pierre-Louis Bras, à la tête du Conseil d’orientation des retraites depuis neuf ans, répond en s’appuyant sur le contenu du dernier rapport : « Les dépenses de retraite ne dérapent pas. »
Ce simple constat lui coûte sa place. Le haut fonctionnaire est démis de ses fonctions, et Gilbert Cette est nommé à sa place par Matignon pour une durée indéterminée. L’événement surprend : les présidents du COR sont habituellement des hauts fonctionnaires spécialistes de la protection sociale. Mais c’est moins étonnant qu’il n’y paraît, si l’on connaît les liens que cet économiste libéral, spécialiste de la productivité, entretient avec le pouvoir.
« Comme dernièrement avec Emmanuel Moulin à la Banque de France, Emmanuel Macron aime placer ses affidés dans les différentes instances stratégiques », déplore Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT.
« Comme dernièrement avec Emmanuel Moulin à la Banque de France, Emmanuel Macron aime placer ses affidés dans les différentes instances stratégiques », déplore Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT.
Déjà proche de l’équipe de campagne macroniste pendant la présidentielle, Gilbert Cette a multiplié les prises de parole pour encenser la réforme Borne, la jugeant « très sociale ».
« On ne peut interpréter sa nomination à la tête du COR autrement que comme une récompense pour sa fidélité au président de la République et à son idéologie, résume Christelle Thieffinne, secrétaire nationale en charge de la protection sociale à la CFE-CGC et membre du COR. Gilbert Cette ne s’en est jamais caché, il a plusieurs fois dit être favorable à la réforme des retraites. »
« On ne peut interpréter sa nomination à la tête du COR autrement que comme une récompense pour sa fidélité au président de la République et à son idéologie, résume Christelle Thieffinne, secrétaire nationale en charge de la protection sociale à la CFE-CGC et membre du COR. Gilbert Cette ne s’en est jamais caché, il a plusieurs fois dit être favorable à la réforme des retraites. »
Le rôle du président d’une instance comme le COR n’est pourtant pas de défendre ses convictions, ni de formuler des préconisations, mais de s’en tenir à un diagnostic partagé. Le rapport annuel et les notes du COR ont vocation à être une boîte à outils, pas un mode d’emploi pour tailler dans les dépenses sociales.
Après avoir recueilli une quinzaine de témoignages, se dessine le portrait d’un homme dont les opinions prennent de plus en plus de place au sein de l’institution
Après avoir recueilli une quinzaine de témoignages, se dessine le portrait d’un homme dont les opinions prennent de plus en plus de place au sein de l’institution
Or, après avoir recueilli une quinzaine de témoignages1 dans le cadre de cette enquête – dont beaucoup sous couvert d’anonymat par crainte de représailles –, se dessine le portrait d’un homme dont les opinions prennent de plus en plus de place au sein de l’institution. À commencer par le choix de ne mettre en avant qu’un seul scénario dans le rapport annuel.
Là où le COR s’appuyait sur quatre hypothèses de productivité, une seule a été conservée. Une rupture avec la pratique antérieure, loin d’être anodine : selon le niveau de productivité retenu, le système de retraite peut apparaître aussi bien dans le rouge que dans le vert.
« Le niveau futur de productivité est, par nature, incertain, nous explique Eric Heyer, macro-économiste, directeur du département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). C’est précisément pour cette raison qu’il est utile de travailler avec plusieurs scénarios. Selon les hypothèses retenues, le système de retraite peut apparaître proche de l’équilibre ou durablement déficitaire. Informer les décideurs publics, les partenaires sociaux et les Français sur cette sensibilité est essentiel. D’autant que les réformes successives montrent bien que les projections doivent être régulièrement réévaluées. »
« Le niveau futur de........
