Annuler la dette publique : qu'est-ce qui se cache derrière ce débat ?
Longtemps, les économistes de gauche ont argué qu’il ne fallait pas délégitimer la dette publique nécessaire aux États désireux de financer leurs projets. Et cela tant que le taux d’intérêt restait inférieur à celui de la croissance économique. Mais ce temps est révolu, la croissance est quasi-nulle et les taux d’intérêt s’envolent ; il convient donc de se détacher de ces idées bien ancrées. Heureusement, le débat vient d’être relancé par deux initiatives :
l’une prise par Nicolas Dufrêne, directeur de l’Institut Rousseau, égrenant les multiples faux arguments contre cette annulation ; l’autre par une cinquantaine d’économistes prônant de « mettre la dette au frigo » de la banque centrale. Quel est l’enjeu, alors que la dette publique des administrations françaises dépasse 3 500 milliards d’euros (soit l’équivalent de 117 % du PIB[1]) dont 18 % sont détenus par la Banque de France dans le cadre du Système européen de banques centrales, que les intérêts versés étaient de plus de 60 milliards en 2025 et sont voués à augmenter avec la hausse des taux, ceux-ci dépassant actuellement 4,5 % et s’approchent de 5 % pour des emprunts à dix ans ?
Dissipons un malentendu : annuler les titres de dette détenus par la banque centrale ne lèserait aucun des agents privés (banques et autres institutions financières) puisque ceux-ci sont déjà rentrés dans leurs fonds en les vendant à la banque centrale, après les avoir eux-mêmes achetés à l’État. Et la monnaie émise en contrepartie de ces titres circule toujours dans l’économie. On verra ce qu’il faudrait en faire.
Ceux qui, il y a 25 ans, vilipendaient la modeste taxe Tobin contre la spéculation financière parce qu’elle aurait empêché les marchés financiers de discipliner les États sont les mêmes qui, aujourd’hui, entendent perpétuer cette contrainte sur les politiques publiques. Donc, d’un côté, ils hurlent à la mort contre la dette publique pour effaroucher les citoyens ; de........
