Voici pourquoi la perte de Carrier fait mal
Nous avons été nombreux à critiquer l’inaction de la direction du Canadien à l’approche de la date limite des transactions du 6 mars dernier. Pendant que toutes les équipes engagées dans la course aux séries dans l’Est apportaient des ajustements à leur formation, Montréal a choisi le statu quo.
Jusqu’ici, les résultats ont donné raison à Jeff Gorton et Kent Hughes. Les architectes de la reconstruction ont vu juste : malgré sa jeunesse, l’équipe affiche une évolution remarquable, une constance appréciable et une maturité étonnante à ce stade de son développement.
L’esprit de corps du Canadien est d’ailleurs franchement rafraîchissant. On sent un groupe soudé, des joueurs qui fonctionnent comme une véritable famille, tissée aussi serrée que celles que l’on connaît bien au Québec.
Cela dit, cette belle histoire ne doit pas masquer une réalité plus fragile, particulièrement en ce qui concerne la profondeur de l’effectif.
En attaque, Martin St-Louis dispose de ressources intéressantes et d’options de rechange crédibles. La situation est beaucoup moins rose en défensive. Le personnel d’entraîneurs avait trouvé une formule efficace : trois duos complémentaires qui offraient depuis quelques semaines de l’excellent hockey. Le Canadien avait ainsi réussi à limiter les erreurs d’affectation dans son territoire et, du même coup, à réduire considérablement les chances de marquer de qualité de ses adversaires.
Ce n’est toutefois pas une situation idéale de devoir utiliser Lane Hutson sur son flanc droit, à plus forte raison en compagnie de Jayden Struble. Or, c’est actuellement la meilleure option afin de conserver trois paires jugées fiables par l’entraîneur-chef. Cette stabilité permet une meilleure répartition du temps de jeu et, ultimement, un hockey de meilleure qualité de la part de défenseurs moins épuisés.
De la brique à la paille
C’est dans ce contexte que la perte d’Alexandre Carrier soulève un vent d’inquiétude. Le vétéran droitier québécois ne sera pas de retour avant le début des séries éliminatoires et pourrait même rater l’entièreté du premier tour. Une absence qui fragilise considérablement le corps défensif.
Le Canadien s’est donc tourné vers un rappel d’Adam Engstrom du Rocket de Laval. Le défenseur a connu des performances inégales lors de ses 11 matchs avec le grand club cette saison. S’il peut évoluer à sa position naturelle à gauche, il a aussi la capacité de jouer à droite. Reste à voir s’il peut remplir ce rôle de manière constante, notamment aux côtés de Kaiden Guhle, qui demeurerait à gauche sur la troisième paire.
Martin St-Louis optera-t-il pour un système de chaise musicale entre Engstrom et Arber Xhekaj ? Si le « Shérif » ne parvient pas à jouer régulièrement à la ligne bleue en l’absence de Carrier, il deviendra difficile de croire encore en son avenir avec le Canadien.
Autre possibilité : démanteler le top quatre afin de trouver un certain équilibre sur l’ensemble du top six. C’est une option, mais ce serait surprenant de voir le personnel d’entraîneurs l’exploiter pleinement.
La perte de Carrier fait d’autant plus mal que le constat est le même depuis novembre : ce n’est pas normal de devoir faire jouer Lane Hutson du côté opposé ni de ne pas avoir trouvé de vétéran droitier fiable pour l’accompagner.
En demeurant immobiles à la date limite, Gorton et Hughes semblaient convaincus que leur maison était construite en briques, comme dans la fable des trois petits cochons. Or, une seule blessure – celle du cinquième défenseur dans la hiérarchie – aura suffi à faire passer la structure de la brique au bois.
Et si une autre perte survenait, le Canadien pourrait bien se retrouver sur la paille... encore une fois, comme il y a un an.
