Le Royaume‑Uni face au scandale des adoptions forcées de l’après‑guerre
L’Angleterre est le dernier pays des îles Britanniques à reconnaître officiellement le traumatisme des adoptions forcées. Cette page sombre de l’histoire révèle comment l’État et les institutions religieuses ont longtemps organisé la séparation des mères et de leurs enfants.
Début juillet, Keir Starmer, alors premier ministre britannique, a présenté ses excuses devant la Chambre des communes pour les adoptions forcées qui ont marqué l’histoire de l’Angleterre. Dans les tribunes se trouvaient des mères et des adultes adoptés directement concernés par ces pratiques.
Dans ses excuses, Keir Starmer a salué leur courage et leur résilience pour avoir mené, sans relâche, leur combat en faveur de la vérité et de la justice. Il a qualifié ces adoptions forcées de « tache sur notre histoire ».
« À toutes celles et tous ceux qui ont été touchés par ces pratiques, je veux dire ceci : la honte n’est pas la vôtre. Elle ne l’a jamais été. La honte est la nôtre », a-t-il déclaré.
Comme l’a souligné Keir Starmer, ces excuses officielles s’inscrivent dans le prolongement de celles déjà présentées par les gouvernements d’Écosse, du pays de Galles, d’Irlande du Nord et de la République d’Irlande – ainsi que dans d’autres pays – afin de reconnaître cette histoire traumatique.
Au cours des trois décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, les historiens estiment qu’entre 300 000 et 500 000 enfants ont été retirés à leur mère au Royaume-Uni et en République d’Irlande. La plupart de ces femmes étaient célibataires, et leurs enfants ont été proposés à l’adoption sans leur consentement libre et éclairé.
Si ces excuses sont largement saluées, militants et chercheurs soulignent qu’elles arrivent très tard. Une culture de la honte, enracinée dans les traditions catholiques, protestantes et d’autres courants religieux depuis le XIXe siècle, a perduré tout au long du XXe siècle. Notre recherche montre bien que ce système n’était pas seulement discriminatoire : il a aussi eu un coût humain considérable et causé des dommages durables à toutes les familles concernées. Comme l’a reconnu Keir Starmer dans sa déclaration, les autorités ont abusé de leur pouvoir pour exploiter des femmes vulnérables et leurs nourrissons.
Une histoire de la honte
Le modèle de protection sociale qui s’est imposé en Grande-Bretagne et en Irlande après la Seconde Guerre mondiale était fondamentalement genré. Les femmes et les enfants........
