Une visite historique à Paris : la Papouasie‑Nouvelle‑Guinée, acteur clé du jeu sécuritaire en Océanie
La visite de James Marape, le premier ministre papouan-néo-guinéen, à Paris en mai 2026, marquée par la signature d’accords de sécurité et l’ouverture d’une ambassade, illustre le rapprochement stratégique, dans un contexte de recomposition géopolitique du Pacifique, de la France et de cet État océanien membre du Commonwealth et troisième territoire insulaire le plus grand du monde.
La visite du premier ministre papouan-néo-guinéen James Marape à Paris, prévue mi-mai 2026, pourrait passer inaperçue. Or, à Port Moresby comme à Paris, cet évènement n’a rien d’anodin : la signature attendue d’un accord de shipriding et l’officialisation de l’ouverture d’une ambassade papouane-néo-guinéenne à Paris comptent en témoigner. Cette visite s’inscrit plus largement dans un contexte de recomposition des équilibres géopolitiques dans le Pacifique insulaire, notamment marqué par la multiplication des accords de sécurité (en particulier avec l’Australie et les États-Unis, notamment face à l’influence chinoise dans le pays), et le renforcement des souverainismes.
À l’aune d’analyses des documents stratégiques et d’entretiens conduits à Port Moresby, plusieurs questions sous-tendent notre analyse : comment deux conceptions différenciées de la sécurité peuvent-elles produire une coopération mutuellement bénéfique ? Comment la France construit-elle une relation de sécurité différenciée avec un État mélanésien aux ambitions sécuritaires régionales ? Il s’agit ici d’appréhender la coopération de sécurité entre les deux États, tout en s’attachant à réinscrire les logiques insulaires au cœur des enjeux régionaux et internationaux qui les sous-tendent, afin que les dynamiques de compétition entre puissances n’occultent pas les voix et formes d’agentivité propres aux États du Pacifique insulaire.
La Papouasie-Nouvelle-Guinée, un géant du Pacifique insulaire
Longtemps reléguée aux marges des analyses en relations internationales, la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) est pourtant le premier État insulaire de la région par sa population (environ 80 % des habitants du Pacifique insulaire) et son territoire (462 840 km2), lui permettant ainsi de s’imposer comme un acteur incontournable en Océanie.
La PNG, anciennement sous administration coloniale germano-britannique, puis australienne et indépendante depuis 1975, s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique de montée en puissance progressive dans les domaines de la sécurité et de la défense, cherchant à affirmer plus nettement son influence et ses ambitions sur la scène régionale. Si, dans la continuité de l’héritage de ses pères fondateurs, elle s’est longtemps définie comme « amie de tous, ennemie de personne » (doctrine de l’universalisme), cette posture tend désormais à évoluer vers une........
