Mayotte, un territoire de la République, des politiques d’exception
Mayotte cumule fortes inégalités, pression migratoire et retard des services publics.
Mayotte cumule fortes inégalités, pression migratoire et retard des services publics.
Le droit commun y connaît de nombreuses dérogations, notamment en matière d’immigration.
Le droit commun y connaît de nombreuses dérogations, notamment en matière d’immigration.
En faisant de l’île une frontière, le débat public risque d’éclipser les causes sociales de la crise.
En faisant de l’île une frontière, le débat public risque d’éclipser les causes sociales de la crise.
Mayotte est française depuis 1841, soit près de vingt ans avant Nice et la Savoie selon l’« expression marteau ».
Pourtant, lorsqu’on observe les règles qui s’y appliquent, l’île apparaît comme un territoire à part, où les exceptions au droit commun sont particulièrement nombreuses. Cette singularité juridique n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une histoire particulière, marquée à la fois par l’ancienneté du lien avec la France, par une histoire coloniale puis un récit d’adhésion (référendums de 1974 et 1976, au cours desquels les Mahorais et Mahoraises ont exprimé leur volonté de rester Français), ainsi que par une départementalisation tardive, par des écarts de développement avec l’Hexagone et par la proximité immédiate des Comores.
Cette singularité prend aujourd’hui une dimension politique nouvelle : à mesure que Mayotte est présentée comme l’une des principales frontières migratoires de la France, l’exception tend à devenir une réponse privilégiée aux difficultés de l’île. La question est alors moins de savoir si Mayotte est française que de comprendre quelle forme de France y est construite.
À de nombreuses reprises, dans nos entretiens menés à Mayotte, nous avons entendu, dans la bouche de métropolitains, les expressions suivantes pour qualifier le dernier-né des départements français : « quasi-France », « pseudo-France » « Mayotte c’est la France autrement » ; ou encore « ici c’est l’Afrique ».
Quelle est donc cette altérité ?
Elle tient d’abord à une asymétrie persistante dans les rapports de pouvoir : les postes de direction de l’administration restent largement occupés par des métropolitains, quand les agents mahorais accèdent plus difficilement aux fonctions d’encadrement. Elle se nourrit aussi d’un regard culturaliste qui tend à expliquer les écarts de développement par les caractéristiques supposées de la population. La référence à une société très majoritairement musulmane contribue enfin à accentuer cette perception d’une différence culturelle.
Quand l’immigration devient la grille de lecture de la crise
Depuis plusieurs années, les crises mahoraises sont régulièrement présentées à travers un triptyque : immigration, insécurité et insuffisance des services publics. La première est souvent mobilisée pour expliquer les deux autres.
Pourtant, cette manière d’ordonner les problèmes peut conduire à faire disparaître une autre réalité : celle........
