Les femmes, les oubliées de la science sur l’accouchement et l’allaitement
La médecine reproductive connait très bien la qualité du lait maternel, les indicateurs néonataux et les courbes de risque. Pourtant, lorsque 20 % des femmes québécoises décrivent des pressions coercitives, des gestes non consentis ou une douleur ignorée lors de l’allaitement ou de l’accouchement, ces savoirs-là – sur leur vécu, leur anxiété, leur autonomie décisionnelle – ne comptent presque pas dans la décision médicale. Il est peut-être temps que la médecine intègre pleinement leur vécu comme critère scientifique à part entière.
Professeur à l’UQAM et chercheur en psychologie communautaire, mes travaux portent sur la réduction des inégalités sociales de santé, les politiques publiques en périnatalité, et la transformation des institutions au service du bien-être des familles et des professionnels. Avec mes collègues universitaires et travaillant en obstétrique, nous avons récemment mené deux recherches empiriques qui étudient le vécu des femmes. Nos résultats montrent que les pratiques médicales en périnatalité, bien que visant la sécurité des mères et des enfants, peuvent parfois se faire au détriment de leur autonomie décisionnelle et de leur santé mentale.
Deux formes de savoirs
En santé reproductive, les décisions médicales s’appuient sur divers savoirs scientifiques, qui n’ont pas tous la même valeur. Ces savoirs décrivent notamment ce que le corps féminin devrait permettre, préserver ou optimiser : le développement de l’enfant, la continuité et la qualité de la reproduction, la gestion du risque obstétrical. Ces connaissances, abondamment étudiées, mesurées et financées, structurent l’essentiel des recommandations cliniques.
D’autres sources de connaissances portent pourtant sur les femmes elles-mêmes : leur santé mentale, leur capacité à décider, et leur vécu émotionnel. Ces travaux existent – mais ils sont moins nombreux, moins mobilisés dans les cadres décisionnels, et plus rarement érigés en priorité de santé publique. On sait ainsi beaucoup de choses sur la qualité du lait, les indicateurs néonataux ou les courbes de risque, mais on dispose de données nettement plus fragmentaires sur ce que vivent les femmes lorsqu’elles........
